LE VRAI VISAGE DU PORTUGAL

Rodrigo Cabrita n’a qu’un objectif : immortaliser avec ses clichés les acteurs de la vie quotidienne de son pays. Sa photo, « Lagrima », a reçu le prix d’excellence au concours international de photographie « Pictures of the Year ».

Les communautés expatriées ou immigrées n’ont parfois pas idée de la réalité de leur pays d’adoption. La télévision peut être un support pour remédier à ce problème mais les programmes diffusés sont-ils véritablement objectifs ? Au Portugal, il est un photojournaliste de renom qui par ses clichés, offre la possibilité de constater ce qu’est la vie sur la Péninsule et qui en sont les acteurs. Si l’art photographique semble de nos jours peu apprécié, voire déprécié, Rodrigo Cabrita ne baisse pas les bras.

Il a démarré sa carrière dans le sport pour le journal « O Jogo », puis il a travaillé pour le « Diário de Noticias » jusqu’en 2011, date à laquelle il a rejoint les rangs du quotidien « Jornal i ».

En partenariat avec quelques amis et confrères, il a participé aux projets photographiques collectifs 12.12.12 et Troika, visant à sensibiliser aux effets de la crise économique et des mesures d’austérité au Portugal. Aujourd’hui en tant qu’indépendant, il s’efforce de continuer à raconter des histoires et à attirer l’attention sur les problèmes sociaux, en immortalisant toujours la vie et les personnes réelles.

« Je ne demande pas l’autorisation quand je veux capturer un moment précis. Lorsque je me promène avec mon appareil et que je suis témoin d’une scène qui me plait avec une lumière parfaite, je ne peux pas manquer cet instant alors je l’immortalise. Si je demandais le consentement à mes « modèles » je perdrais l’instant. Une fois dans la boîte je sollicite leur permission et si c’est non, c’est non. Dans le cas de Francisco c´était différent, j’ai bien entendu dû obtenir l’autorisation de ses parents », explique Rodrigo.

Francisco Costa, âgé de 13 ans, a été parmi les premiers au Portugal à développer l’une des manifestations les plus complexes de la Covid-19, similaire au syndrome de Kawasaki. « Il a passé plusieurs jours dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Dona Estefânia. Il a réagi au traitement après avoir été sédaté et intubé et a gagné la bataille », pouvait-on lire sous le descriptif de l’image lors de sa publication sur Instagram.

Le 29 avril 2020, Rodrigo Cabrita a capturé le moment où l’enfant interné en soins intensifs a laissé couler une larme. Ce cliché d’une intensité bouleversante lui a valu un prix d’excellence au concours international de photographie PoY – Pictures of the Year, dans la catégorie Spot News.

Le projet qui a donné lieu à cette photographie est né de l’intention de créer une sorte de mémoire de la pandémie : « L’objectif était de publier un livre. Nous ne l’avons toujours pas concrétisé par manque de soutien et de partenaires », révèle-t-il. L’idée lui est venue après plus d’un mois d’isolement et de pellicules utilisées en prises de vues de sa famille et de ses voisins dans leur vie quotidienne. Ne sachant pas encore exactement les effets du virus mais conscient des conséquences dramatiques qu’il engendrait, Rodrigo en tant que bon photojournaliste a voulu se rendre sur place et rester fidèle à son principe : dépeindre la vraie vie au Portugal.

Un de ses amis médecin a appuyé son initiative auprès de la direction du CHULC, et muni de son appareil, il a arpenté les établissements hospitaliers publics de la capitale. En se rendant sur le terrain, le journaliste connaissait les dangers qu’il courait : « Je savais que je risquais d’être infecté, de ramener le virus à la maison et de contaminer ma femme et mes filles. Mais je devais le faire. »

Les jours passés dans les couloirs hospitaliers ont sensibilisé Rodrigo Cabrita à l’importance d’autres personnages dans l’histoire de la pandémie. « On parle toujours des médecins, des infirmières, du personnel auxiliaire qui font certes un travail incroyable mais on oublie les autres. Les autres acteurs qui sont en coulisse, le personnel des cuisines, de nettoyage ou de maintenance… Ils sont aussi en première ligne et j’aimerais leur donner une voix », souligne-t-il.

Pour le moment, aucune exposition des œuvres de Rodrigo Cabrita n’est prévue mais elles sont disponibles sur son site internet ainsi que sur les réseaux sociaux. Toujours dans un désir de transmettre en image la réalité de son pays, il s’intéresse aux représentations de Nossa Senhora da Fátima hors de la ville de Fátima ; c’est à dire les statues, les tatouages, les chapelets ou encore les icones dans les taxis à l’effigie de la Vierge. Là encore, le photographe n’a qu’un objectif, celui de montrer le vrai visage du Portugal.

www.rodrigocabrita.com

Facebook et Instagram @rodrigocabrita

Johanna Trevoizan

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