Cultures intensives : les associations saisissent le tribunal

Le projet de mandariniers va alourdir les risques de surcharge de l’aquifère et d’affaissements de terrain.

Trois mois après avoir été approuvé par les autorités environnementales (après trois tentatives infructueuses), le projet de production intensive de mandarines prévu sur les domaines de Murta et de Monte Novo, à Alcácer do Sal, se dirige vers les tribunaux.

Six organisations de la société civile ont déposé aujourd’hui une action en justice devant le Tribunal administratif et fiscal de Beja afin d’essayer de stopper le projet. Elles soutiennent que, malgré la réduction de la surface cultivée, la plantation de 260 hectares « pourrait extraire près de deux fois la quantité d’eau distribuée par le réseau public de la commune en 2023 ».

Les associations Água & Sal, Dunas Livres, GEOTA, Quercus, SPEA et ZERO se disent prêtes à « demander une mesure provisoire si le projet avance avant que la décision sur le fond ne soit connue », explique Pedro Horta, de ZERO, à l’Expresso. Pour financer la procédure judiciaire, elles ont aussi lancé un appel public aux dons.

Les organisations soulignent que le volume d’eau autorisé pour ce projet, porté par le groupe national Aquaterra, est comparable à celui distribué à la population de la commune voisine de Grândola (environ 1,9 million de mètres cubes par an), qui comprend l’approvisionnement des complexes touristiques entre Tróia et Melides, en passant par Comporta.

Par ailleurs, Alcácer do Sal et Grândola dépendent du même système aquifère, déjà considéré comme surexploité.

La DIA reconnaît des impacts de « grande ampleur »

Les associations rappellent aussi que la DIA (déclaration d’impact environnemental) elle-même qualifie les impacts sur les eaux souterraines de « grande ampleur, très significatifs et certains ». De plus, la région enregistre déjà une consommation d’eau d’environ 18 millions de mètres cubes, en additionnant les exploitations agricoles et les points de captage publics et industriels situés à proximité du projet. À elle seule, la société Aquaterra exploite environ 600 hectares d’avocatiers en culture intensive, destinés à l’exportation, dans la région.

Selon les auteurs de l’action en justice, « l’exploitation va accroître la pression sur un aquifère » qui, d’après un avis du Laboratoire national d’énergie et de géologie (LNEG), perd actuellement plus d’eau qu’il n’en reçoit par recharge naturelle, ce qui provoque un affaissement des sols (des dolines, déjà observées dans la zone).

La DIA, délivrée par la Commission de coordination et de développement régional de l’Alentejo (CCDR), autorise le forage de 12 puits d’eau souterraine pour alimenter le verger. Bien que la surface agricole soit passée de 295 à environ 260 hectares au cours de la procédure d’évaluation environnementale, le volume maximal d’eau autorisé reste inchangé. Le projet initial couvrait environ 700 hectares.

Les organisations affirment également que l’approbation a ignoré les avertissements de plusieurs organismes techniques. Le LNEG a conclu que le projet « ne devrait pas être approuvé », en pointant la « surexploitation de l’aquifère » et des phénomènes d’affaissement des sols dans la région d’Alcácer do Sal. L’organisme est même allé jusqu’à relever des signes d’affaissement avant même que le projet n’ait commencé.

Outre la pression sur les ressources en eau, les associations mettent en garde contre un « risque de contamination des eaux souterraines dû à l’usage intensif d’engrais et de pesticides sur des sols sableux et très perméables ». Elles estiment aussi qu’une baisse de la nappe phréatique pourrait affecter les petits agriculteurs et les habitants qui dépendent de puits moins profonds pour leur approvisionnement en eau.

Comme si ces arguments ne suffisaient pas, un autre concerne les impacts sur des habitats protégés du réseau Natura 2000. Les organisations soulignent que le projet touche la zone spéciale de conservation (ZSC) Comporta/Galé et notent que, d’après l’étude d’impact environnemental, environ 88 % de la zone analysée est constituée d’habitats d’intérêt communautaire, parmi lesquels des junipéraies à Juniperus navicularis, une espèce endémique rare du Portugal. Les militants contestent aussi l’implantation d’une partie de la plantation dans des zones classées habitat 2260, que le promoteur décrit comme n’existant plus, ce qui irait à l’encontre des objectifs de conservation fixés pour cette zone protégée.

La commune s’oppose elle aussi au projet

Les associations rejettent d’emblée toute possibilité de classer le projet comme une initiative d’intérêt public majeur, estimant que « la production de fruits destinés à l’exportation par un groupe privé ne répond pas aux exigences d’un projet invoquant des raisons impératives d’intérêt public ».

L’opposition à ce projet s’étend au niveau local. Le Conseil municipal d’Alcácer do Sal a rendu un avis défavorable et l’Assemblée municipale a adopté à l’unanimité une motion demandant que la déclaration d’impact environnemental soit réévaluée. Lors de la consultation publique, 384 des 387 contributions reçues exprimaient une opposition au projet, rapporte l’Expresso.

Les six organisations demandent donc désormais une étude indépendante de l’aquifère au sud du Sado avant que de nouvelles licences soient délivrées pour l’extraction de grands volumes d’eau. Elles insistent aussi sur la nécessité d’un soutien public pour financer leur action en justice.

Les commentaires sous cet article exclusif de l’Expresso déplorent l’état dans lequel se trouve la nature : les autorités semblent approuver des projets « sans comprendre ce qu’ils signifieront pour l’environnement ».

Source : Expresso

Natasaha Donn

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