Casa de Cello : un autre regard sur le vinho verde

Entreprise familiale, aujourd’hui dirigée par João Pedro Araujo, la Casa de Cello propose à la fois des vins jeunes et bon marché, d’autres plus concentrés et aptes au vieillissement.

Si vous confiez à un anglophone que vous avez visité la Casa de Cello, il se peut qu’il s’imagine que vous êtes allé chez un luthier. Cette entreprise vinicole, que j’ai récemment découverte, comprend deux vignobles, la Quinta de San Joanne, dans la région nordiste des « vinhos verdes », et la Quinta da Vegia, dans celle du Dão. Les deux propriétés offrent une gamme de vins d’une grande richesse et d’une grande subtilité.

La Casa de Cello est dirigée par João Pedro Araujo qui, en 1989, après des études d’œnologie à Bordeaux, a repris le flambeau de l’entreprise familiale, près d’Amarante. João Pedro est un de ses explorateurs qui a quitté son Portugal natal pour vivre de nouvelles expériences et enrichir ses connais- sances dans d’autres pays à la tradition viticole. Un de ses vieux amis du Médoc, avec lequel il est toujours en contact, vient chaque année lui rendre visite et lui donner ses conseils sur la vinification.

« Ce n’est pas l’âge de la vigne qui compte, c’est l’âge du vigneron »

Un matin de janvier, alors que je roulais vers l’est depuis Porto, de la brume s’élevait des vallées et se mêlait à la fumée des feux de défrichage. C’était l’une de ces journées ensoleillées au cœur de l’hiver, où on se sent privilégié de vivre au Portugal. La Casa de Cello est une imposante ferme du XIXe siècle, construite en granit, avec une élégante terrasse à colonnades qui donne sur un jardin et des vignes. Une grande partie des terres environnantes appartient aux descendants du célèbre peintre moderniste Amadeo de Souza-Cardoso.

En bavardant au soleil avec João Pedro et Tatiana, directrice commerciale, j’ai réalisé que le chemin était long pour devenir un vigneron de talent. João Pedro a bien entendu réussi : la preuve en est, son Escolha Branco 2014 de la Quinta de San Joanne a été noté 90/100 au classement de Robert Parker. « Ce n’est pas l’âge de la vigne qui compte, c’est l’âge du vigneron », observe-t-il avec malice. L’apprentissage a été long : « Il nous a fallu plusieurs années pour commencer à faire de très bons vins. Au début, on expérimente et on ne sait jamais exactement quel résultat on va obtenir. Nous ne savons que des années plus tard si les décisions que nous avons prises étaient les bonnes… »

Une condescendance regrettable 

La Quinta de San Joanne compte 14 hectares de vignes, cultivées selon des méthodes viticoles durables. Lorsque j’ai demandé au patron des lieux ce que la durabilité signifiait pour lui, sa réponse fut pragmatique : « L’utilisation de pesticides peut parfois sauver un millésime, ou même la vigne toute entière, mais nous essayons toujours de n’en faire qu’un usage minimal, et nous n’utilisons jamais d’herbicides. » La viticulture est un métier à haut risque et, aujourd’hui, avec l’accélération du changement climatique, le risque est quotidien. En 2018, la production de la Casa de Cello a chuté de 80 % : à la fin du mois de mai, la Quinta da Vegia a été frappée par de brusques pluies torrentielles, qui ont provoqué une floraison indésirable. Quant à la Quinta de San Joanne, une forte hausse des températures, en août, a asséché les raisins et réduit considérablement leur rendement.

Malgré les inquiétudes liées à ce climat erratique, les vins de la région des « vinhos verdes » sont de plus en plus populaires au Portugal et à l’international, car ils sont jeunes, bon marché et consommables peu après le millésime, comme le Beaujolais Nouveau. João Pedro Araujo déplore, à cet égard, que ces vins soient souvent considérés avec condescendance, alors que certains, au caractère plus prononcé, ont un vrai potentiel de vieillissement.

« Vinhos de paixão »

Après avoir travaillé avec succès pour la marque Lavradores de Feitoria, dans le Douro voisin, l’oenologue Paulo Ruão a rejoint la Casa do Cello. Ensemble, Araujo et Ruão ont mis au point une large gamme de mélanges. J’ai particulièrement apprécié la Quinta de San Joanne Superior 2015, un superbe blanc aux notes délicates d’orange. Le San Joanne Escolha 2015, un blanc premium, est aussi un vin élégant et équilibré.

Pour résumer, je vous conseille vivement les vins de João Pedro Araujo. Ces « vinhos de paixão », faits avec passion, peuvent aussi bien être conservés qu’immédiatement consommés – ils sauront satisfaire toutes vos envies.

James Mayor (Grape Discoveries)

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