Sur les pas du maestro

Malgré ses cinquante ans d’expérience, le peintre António Villares Pires s’aventure en territoire inconnu pour créer son premier Caravage.

Il n’a fallu que huit ans à António Villares Pires pour découvrir son amour pour l’art. Durant son enfance dans sa ville natale de Porto, il a vécu dans le même quartier que plusieurs artistes qui l’ont inspiré. Plus tard, il y a onze ans, le nordiste s’est installé en Algarve où il a fondé son atelier, à Silves. O Templo do Tempo (Le Temple du Temps), c’est son nom, est le reflet de son esprit créatif : « J’ai toujours pensé que quand quelque chose est vraiment artistique, il appartient au passé, au présent et au futur. C’est intemporel. » Antonio s’est principalement concentré sur la peinture et la sculpture, et toutes les œuvres de son « temple » ont été créées au cours de la dernière décennie. Même si sa reconnaissance artistique est acquise, cela ne l’empêche pas de relever de nouveaux défis, comme en atteste sa copie actuelle du Caravage.

Michelangelo Merisi dit Caravaggio, en français le Caravage, est un peintre italien de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, qui a inventé la technique du clair-obscur. Le maître est connu pour sa méthode de représentation de l’être humain à la fois physiquement et émotionnellement réaliste, qui montre l’imperfection de ces sujets, sur un fond sombre, illuminé par une seule source de lumière. C’est la première fois que Villares adopte ce style, et c’est pour lui un voyage et un apprentissage à la découverte du maestro : « Pour bien étudier, il faut essayer. »

Le deuxième étage de son atelier est presque entièrement consacré au « Souper à Emmaüs », où il utilise de nombreuses images de la toile originale comme référence, et une collection de peintures à l’huile. C’est ici que l’artiste a passé cinq à six heures par jour depuis six mois, sans ressentir pour autant la moindre lassitude : « J’aime chaque jour de plus en plus ce tableau », confesse-t-il. Tout, jusqu’au moindre détail, correspond à l’œuvre originale, y compris sa taille massive. Pour l’œil non averti, les deux toiles sont identiques. Il dit avoir choisi ce cadre en particulier, parce qu’il le trouve « extraordinaire, avec beaucoup d’âme et d’humanité ».

« Le Souper à Emmaüs », créé en 1606, appartient aujourd’hui à la Pinacothèque de Milan. Il raconte l’histoire de la résurrection de Jésus, qui, assis à la table d’une auberge de campagne, n’a pas été reconnu par l’aubergiste et deux de ses anciens disciples. Quand le Christ tend la main, de son fameux geste, pour bénir le repas, les hommes l’identifient instantanément : « C’est ce moment que le Caravage a essayé de capturer. Et il a parfaitement réussi. »

Bien que le peintre portugais ait fait d’énormes progrès, ce travail a été intense, et de longue haleine. António Villares Pires s’est par ailleurs rendu à la National Gallery de Londres pour admirer l’œuvre originale, lors d’une exposition temporaire. C’est seulement la deuxième fois en trente ans qu’il a eu l’occasion de la contempler « en vrai », de ses propres yeux.

Ce voyage était aussi l’occasion d’obtenir une certification officielle, nécessaire à la reconnaissance de son œuvre de copie, et une fois achevée et certifiée, il prévoit de vendre sa création. Mais ce n’est pas la fin de son aventure à la découverte de la technique du Caravage, car António assure qu’il prévoit d’élaborer d’autres de ses pièces. Il peint depuis plus de cinquante ans, mais estime malgré tout relever un défi : « Quand je travaille comme ça, je retrouve à nouveau mes 28 ans. »
Son atelier est ouvert au public qui souhaiterait admirer ou acheter ses créations. Il considère ce lieu à la fois comme un
e galerie d’art, mais aussi comme un sanctuaire créatif dans lequel il met tout son cœur : « C’est ma vie. »

O Templo do Tempo est ouvert au public à différents moments de la semaine. Des cours de peinture et de sculpture y sont proposés. Pour plus d’infos, appelez le +351 914 160 605 ou envoyez un mail à villarespires@hotmail.com

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