Vigilance sur les routes

Le gouvernement a approuvé une nouvelle stratégie nationale de sécurité routière visant à diviser par deux le nombre de morts et de blessés graves sur les routes portugaises d’ici 2030. À plus long terme, l’objectif est d’éliminer totalement les accidents mortels à l’horizon 2050.

Le Portugal vient d’approuver une nouvelle stratégie nationale de sécurité routière destinée à réduire de moitié le nombre de personnes tuées ou grièvement blessées sur les routes d’ici 2030.

La version définitive de la Stratégie nationale de sécurité routière – Vision Zéro 2030 a été approuvée par le Conseil des ministres, à l’issue d’une consultation publique organisée pendant un mois au cours de l’été.

En prenant 2019 comme année de référence, le gouvernement souhaite faire passer le nombre annuel de décès sur les routes du Portugal continental de 626 à 313, tandis que le nombre de blessés graves devrait diminuer de 2 089 à 1 044.

L’ambition à plus long terme est encore plus importante : parvenir à zéro décès et zéro blessé grave sur les routes portugaises d’ici 2050.

Selon la résolution gouvernementale, atteindre les objectifs fixés pour 2030 permettrait de sauver environ 2 250 vies, d’éviter 7 750 blessures graves et de prévenir quelque 20 milliards d’euros de coûts économiques et sociaux sur la durée de la stratégie.

Ce plan intervient alors que le Portugal continue d’afficher des résultats préoccupants en matière de sécurité routière par rapport à une grande partie des pays européens.

En 2023, le pays comptabilisait 61 décès sur les routes par million d’habitants, soit 33 % de plus que la moyenne de l’Union européenne. Cet écart se serait encore creusé en 2024.

Le gouvernement entend désormais faire de la sécurité routière une priorité de santé publique, en mobilisant plusieurs ministères autour de cette stratégie.

Pedro Clemente, président de l’Autorité nationale de sécurité routière (ANSR), estime que cette approbation définitive donne au Portugal « un engagement clair et une méthode pour y parvenir ».

« Des objectifs définis, des responsabilités partagées et une obligation de rendre des comptes au public », a-t-il souligné.

L’ANSR entend ainsi assurer la coordination de la mise en œuvre du programme, en collaboration avec les organismes concernés et les citoyens.

Vitesse, alcool et infrastructures plus sûres

La stratégie repose sur le principe du Safe System (système sûr), promu par les Nations unies et l’Union européenne.

Son principe est simple : l’erreur humaine ne peut pas être totalement éliminée, mais les routes, les véhicules et les règles de circulation doivent être conçus de manière à éviter que ces erreurs ne provoquent des accidents mortels ou des blessures graves.

Cinq grands axes ont été définis : des usagers mieux protégés, des infrastructures plus sûres, des véhicules plus sécurisés, une meilleure maîtrise de la vitesse et une prise en charge plus efficace après les accidents.

Les mesures prévues comprennent notamment le renforcement de la lutte contre les excès de vitesse, la conduite sous l’emprise de l’alcool ou de drogues, l’utilisation du téléphone au volant et la fatigue des conducteurs. Le gouvernement souhaite également encourager le port de la ceinture de sécurité, des dispositifs de retenue pour enfants ainsi que des casques pour les motocyclistes et les cyclistes.

Les infrastructures feront également l’objet d’une attention particulière. La stratégie prévoit de concevoir les routes et les rues de manière à réduire le risque de collision et la gravité des accidents. Cela passera notamment par une meilleure séparation des voies de circulation opposées lorsque cela est nécessaire, des abords de route plus sécurisés et une protection renforcée des piétons, des cyclistes et des autres usagers vulnérables.

Les passages piétons en milieu urbain, les tronçons particulièrement accidentogènes et les routes rurales figurent parmi les zones prioritaires.

Les autorités souhaitent aussi encourager le renouvellement du parc automobile portugais, en favorisant les véhicules récents équipés de technologies de sécurité active et passive plus performantes.

Davantage de conducteurs respectueux des limitations

Les progrès seront évalués à travers 15 indicateurs de performance, avec des objectifs intermédiaires fixés pour 2027 et des échéances finales pour 2030.

L’un des principaux concerne le respect des limitations de vitesse. La proportion de véhicules circulant dans les limites autorisées devrait passer de 74 % en 2022 à 85 % d’ici 2030.

Parallèlement, le gouvernement souhaite faire progresser le port du casque chez les cyclistes, de 48 % à 70 %, et celui de la ceinture de sécurité sur les sièges arrière, de 78 % à 95 %.

La stratégie prévoit également 15 programmes destinés à réduire les accidents de la route. Ils couvriront différents domaines, allant de la collaboration avec les municipalités et les établissements scolaires à la gestion de la vitesse, la sécurité des motocyclistes, l’analyse des accidents et l’amélioration du partage des données.

Le plan prévoit par ailleurs de réduire les délais d’intervention des secours et le temps nécessaire à la désincarcération des victimes après les accidents graves. Le soutien psychologique et juridique apporté aux victimes et à leurs familles devra également être renforcé.

Deux plans d’action pour mettre en œuvre la stratégie

La mise en œuvre sera organisée autour de deux plans d’action de deux ans, chacun détaillant les mesures à prendre, les organismes responsables, le calendrier, les coûts estimés et les sources de financement.

L’ANSR présidera une nouvelle Commission exécutive nationale chargée de superviser la stratégie. Celle-ci réunira notamment l’Institut de la mobilité et des transports (IMT), Infraestruturas de Portugal, l’Institut national des urgences médicales (INEM), l’Autorité nationale de protection civile (ANEPC), les forces de police GNR et PSP ainsi que l’Association nationale des municipalités portugaises.

Des bilans seront établis tous les six mois et un rapport annuel sera rendu public.

La première grande évaluation est prévue en 2027, afin d’examiner les progrès réalisés et de réviser, si nécessaire, les objectifs intermédiaires de la stratégie.

Michael Bruxo

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