L’art de la construction

Rencontre avec João Cabrita, un grand nom de l’architecture portugaise qui allie contemporain et traditionnel

Son premier contact avec le monde de l’architecture s’est fait par l’intermédiaire de son père, designer de profession. « Peut-être que mon appétit et mon inspiration sont liés à la génétique. Comme j’ai une bonne mémoire, je me souviens de mon premier contact avec des stylos, des dessins et des esquisses. En fait, j’ai toujours voulu faire ce métier et je n’ai jamais envisagé autre chose », révèle João Cabrita, né à Lisbonne.

Diplômé à l’université de Lisbonne en 1996, il a commencé sa carrière professionnelle dans la capitale, à l’Ateliê Contemporânea Lda. En 1999, il s’est installé en Algarve, où pendant dix ans il a été directeur de Michael Brown Associates Lda, une société basée à Londres, et responsable de la coordination et de la gestion d’une équipe de 18 architectes. Bien que l’occasion de développer son activité dans d’autres pays se soit présentée à plusieurs reprises, il a toujours choisi de rester au Portugal, plus précisément dans le sud du pays.

Il a fondé son propre studio au cœur de Quinta do Lago, où il dirige toujours un groupe de huit spécialistes, venus d’horizons différents, en 2011, alors que le pays vivait l’une des plus dures crises économiques et financières jamais connue. Pourtant, l’idée de lancer son entreprise dans ce climat précaire ne l’a pas arrêté. « Nous devons rompre avec les liens du passé et commencer à construire l’avenir. Ça a été une période charnière pour beaucoup de gens et un moment pour tout repenser et recommencer à zéro ». Une décision « difficile à prendre dans un tel scénario défaitiste et catastrophique ». Mais à chaque jour suffit sa peine… « Il n’y a eu aucun acte de folie ou d’héroïsme de ma part, je gardais les pieds sur terre mais avec une attitude positive et de la sérénité », révèle-t-il maintenant, avec un peu de recul.

Concernant son style, il souligne qu’il ne suit pas un modèle, un mot qu’il prétend abhorrer : « J’essaie d’aller chercher un résultat pour un problème. Et dans cet esprit, tous les langages architecturaux possibles s’accordent, qu’ils soient traditionnels, classiques, vitruviens ou minimalistes contemporains. Il y a un large éventail de possibilités ». Cependant, « les clients ont toujours une préférence. Aussi, ces dernières années la tendance va vers le contemporain, post-moderniste, plus ouvert dans la relation intérieur-extérieur, avec des espaces plus lumineux, plus larges et conviviaux. Il y a toutefois des demandes pour des œuvres avec des traces de la tradition classique », explique-t-il. « Notre fonction est de matérialiser le rêve du client et de maximiser l’investissement. Mais il n’est jamais facile de gérer les attentes de ce dernier qui veut à la fois réaliser un rêve et un investissement. Ces deux-là sont presque toujours antagonistes ».

Avec une douzaine de projets en cours, l’essentiel de son travail concerne des maisons individuelles, des stations balnéaires et des villages touristiques en Algarve, notamment dans le célèbre triangle d’or (régions de Quinta do Lago, Vale do Lobo et Vilamoura), mais aussi à l’international, en Afrique du Sud et en Angleterre. La plupart des clients sont des « étrangers de diverses nationalités, appartenant à une classe élevée, à la recherche d’un deuxième ou d’un troisième logement ».

Deux des propriétés les plus chères actuellement évaluées dans la zone de Quinta do Lago et Vale do Lobo sont signées João Cabrita : « Dans les deux cas, l’objectif était d’attirer des investisseurs internationaux. Ce sont des demeures avec de grands espaces intérieurs et extérieurs, des finitions et des matériaux spécifiques de qualité, et une incroyable précision dans les détails au niveau de la construction », se rappelle-t-il. « Je pense qu’il est nécessaire de faire plus de projets comme ceux-ci, pour attirer d’autres types d’acheteurs en Algarve, grâce à ce genre de propriétés de grande ampleur ». L’architecte n’a aucun doute quant au potentiel immobilier de la région: « Tous les ingrédients nécessaires à une belle vie sont réunis ici : un climat fantastique, la sécurité, des gens très accueillants, de la bonne nourriture et la proximité de la mer ».

La Reserva est l’un des derniers travaux de l’atelier. Il s’agit d’une luxueuse résidence surplombant la zone protégée de Ria Formosa et le lac de Quinta do Lago. L’objectif du directeur de la station était de « créer un village touristique, avec 26 appartements, dans un lieu unique et avec un niveau de qualité sans pareille. C’est le résultat de trois années de travail acharné en termes de construction, de conception et de vente ». Le succès était au rendez-vous puisque les fractions se sont rapidement vendues à des prix supérieurs à deux millions d’euros.

Lorsqu’on lui demande quels rêves lui restent-il à assouvir sur le plan professionnel, João Cabrita ne cache pas son désir de rester dans l’Histoire de l’architecture mondiale, « en construisant un bâtiment plus haut que le Burj Khalifa », un gratte-ciel situé à Dubaï, dans les Émirats Arabes Unis, actuellement le plus grand du monde, avec 828 mètres de hauteur et 160 étages. « Si je pouvais [le faire], je serais une personne très accomplie. Ce serait symbolique. J’aurais érigé le plus haut bâtiment de la planète ».

www.joaocabrita.com

TEXTE SARA ALVES; PHOTOS HÉLIO RAMOS

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