La main verte des Symington

La cinquième génération de la Symington Family Estates, incarne la durabilité et la modernisation des domaines de ce géant du vin, présent depuis 137 ans dans le Douro.

Rob Symington ne s’attendait pas à vivre un tel choc culturel lorsqu’il a quitté l’entreprise numérique qu’il a co-fondée dans un quartier branché de Londres, pour reprendre l’affaire familiale, la Symington Family Estates. Avant d’arriver au Portugal, il pensait « revenir dans les années 1980 ». Mais il s’est vite rendu compte qu’une société de 137 ans « ne survit pas sans évoluer et sans s’adapter aux défis de son temps ».


Le lieu de notre rencontre pourrait presque être une métaphore de l’équilibre entre tradition et innovation qui caractérise cette famille, propriétaire de quatre marques historiques de Porto, et productrice d’une gamme exceptionnelle de vins secs. A Vila Nova de Gaia, Rob m’a conduit à l’ancienne Quinta de Barão James Forrester, qui est aujourd’hui le siège de la compagnie, où il est responsable durabilité. Ce fervent défenseur de la cause écologique, a encouragé les siens à élaborer un cadre pour les initiatives en matière d’impact environnemental et social. Les Symington ont en effet récemment annoncé qu’ils étaient les premiers viticulteurs au Portugal à obtenir la certification B Corporation. Ce processus rigoureux a été lancé il y a un an, pour évaluer les domaines en fonction de normes de rendement social, environnemental et de pratiques commerciales éthiques.

Ils mettent par ailleurs en œuvre Mission 2025, une stratégie dont les objectifs phares sont l’énergie renouvelable, l’économie d’eau, les contenants à faible impact et les initiatives communautaires locales. La plus grande part des émissions de carbone de la compagnie est présente à 86% dans sa chaîne d’approvisionnement, dont 55 % proviennent de la production de bouteilles en verre. Les perceptions des consommateurs évoluent, et nous assistons à une réaction contre le plastique, et contre les emballages excessifs. Le groupe a réduit le poids de certains récipients de sa gamme de base, et étudie d’autres réductions.


En 2021, l’entreprise ouvrira le premier vignoble LEED (Leadership in Energy & Environmental Design) du pays, dans sa Quinta do Ataíde, la plus grande d’appellation biologique du nord du Portugal. Rob est enthousiasmé par cette rare opportunité et espère qu’il sera possible par la suite, de moderniser d’autres caves. Les Symington se sont également entretenus avec un éminent expert sur ce sujet, le professeur Roger Bolton de l’Université de Californie Davis. L’exploitation sera dotée d’un toit « vert » pour fournir une isolation naturelle et retenir l’eau de pluie et, si possible, utiliser la gravité pour éviter le pompage, et sera alimenté par des panneaux solaires. La famille est profondément ancrée dans la vallée du Douro, à travers ses vignes bien sur, mais aussi de façon plus personnelle, car elle joue un rôle important au sein de la communauté. Mission 2025 permettra désormais aux salariés de consacrer une partie de leur temps de travail à un programme de volontariat, pour soutenir les initiatives locales, et en particulier, celles qui encouragent les jeunes à continuer à vivre dans la région.

D’après Rob, la question de la durabilité devrait être fondamentale pour les viticulteurs : « Les entreprises vitivinicoles familiales sont de plus en plus conscients de l’intérêt à protéger l’environnement ». C’est pourquoi, partenariat avec Torres, en Espagne, et Jackson Family Wines, en Californie, l’entreprise a récemment fondé International Wineries for Climate Action, un forum pour échanger et mettre en œuvre de meilleures pratiques industrielles pour l’adaptation climatique. « L’industrie vinicole est souvent considérée comme une mine d’or en terme de changement climatique, note Rob. Nous sommes bien placés pour transmettre des messages d’adaptation aux médias et aux consommateurs. Et j’espère que nous contribuerons à une prise de conscience plus large ».


La Quinta innove dans d’autres secteurs, notamment celui du marketing. Les producteurs de porto ont le défi de trouver ou de toucher une nouvelle clientèle dans un public plus jeune. Ils essaient par exemple de créer des cocktails, comme le Porto Blanc tonique, déjà très en vogue, pour changer leur image. Cette année, la société a lancé Graham’s Blend Nº 5, disponible au Royaume-Uni et en Algarve, dont le flacon conçu par António Soares, un designer portugais qui a travaillé pour Chanel et Karl Lagerfeld, a reçu de nombreuses récompenses du milieu artistique.

www.symington.com

 James Mayor

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