Underdogs, une galerie pour les artistes urbains

Après avoir vécu à Shanghai et Hongkong, Pauline Foessel a décidé de s’installer à Lisbonne il y a quelques années. En collaboration avec Vhils, la jeune galeriste française a fondé Underdogs. Son but : promouvoir une nouvelle génération de créateurs.

Underdogs, c’est quoi exactement ?

C’est un projet que j’ai monté avec Vhils, Alexandre Farto, un artiste portugais d’art urbain. En fait, il en avait déjà eu l’idée au sein de la galerie qui le représentait, Vera Cortes, et le but était de mettre en valeur les artistes de sa génération. On s’est rencontré en 2012 alors que je travaillais dans une galerie à Shanghai, et il avait des contacts dans la municipalité de Lisbonne. Il voulait faire aussi de l’édition, alors on a décidé de monter notre propre projet, ensemble. Donc Underdogs, ce n’est pas qu’une galerie, c’est aussi un programme d’art public et des éditions. Les trois pôles ont autant d’importance dans la manière dont on les gère, on a des équipes pour chacun d’eux.

C’est quel type d’espace ?

Je suis arrivée à la fin 2012 et on a trouvé en 2013. Je rêvais d’une ancienne usine, mais je ne connaissais pas du tout Lisbonne. Un assistant d’Alexandre me trimballait un peu partout en voiture, je me rappelle lui avoir demandé s’il y avait un endroit industriel désaffecté dans la ville et il m’a emmené à Marvila. J’ai trouvé ce lieu parfait, entre le vieux centre et la partie moderne, le Parque das Nações. A cette époque, on nous a pris pour des fous, parce qu’il n’y avait pas grand-chose dans le quartier. A la base, le projet devait durer un an, on voulait faire venir des artistes internationaux et locaux, mais après notre première expo d’un Portugais, en septembre 2013, qui a pas mal marché, on s’est dit qu’on devait continuer. On a un vrai rôle parce que les artistes d’art urbain ne sont pas représentés.

Pourquoi Lisbonne ? Qu’est-ce qui vous a poussé à venir ici ?

A la base, c’est l’amour, et puis j’ai trouvé une certaine sérénité, le calme qui me manquait en Asie. Je voulais monter ma boite donc, tant qu’à faire, dans une ville que j’aime, où j’ai des connexions et des amis. Je travaille beaucoup et j’aime l’énergie de cette ville, j’aime que ce ne soit pas à 100 à l’heure et ressentir cette sorte de liberté que Lisbonne me donne.

Est-ce que vous auriez pu monter vos projets à Paris ?

Non, surtout parce que je n’ai jamais voulu rester à Paris. Je suis partie très vite de France, j’ai rapidement travaillé à Shanghai, ensuite au Canada, de nouveau à Shanghai, à Lisbonne et puis à Hong-Kong. J’adore la France mais j’ai construit ma vie à l’étranger. La personne que je suis n’est pas une Française de France, je suis une Française de l’étranger.

Quelle est la place de Lisbonne sur la scène artistique internationale ?

Je pense que Lisbonne est une place importante dans l’art urbain, elle est connue pour ça, mais dans le monde de l’art en général, non. Ça reste New York, Paris, Londres et maintenant Hong-Kong. Il se passe des choses intéressantes ici et même à Madrid, mais pas assez à un niveau international.

On dit que les murs parlent à Lisbonne. Pourquoi ici plus qu’ailleurs ?

C’est une volonté de la municipalité. En fait, ils ont compris très tôt et très intelligemment que l’art urbain serait potentiellement une richesse pour la ville, alors ils ont créé un département, le GAU (Galeria de Arte Urbana) en 2007, qui facilite toutes les démarches administratives pour que les choses se passent bien. Notre projet n’aurait pas pu être ce qu’il est à Lisbonne ailleurs, justement grâce à la municipalité.

Quels sont pour vous les artistes portugais intéressants à suivre actuellement ?

Il y a, par exemple, une artiste qu’on présente depuis longtemps à la galerie, Wasted Rita. Elle travaille beaucoup avec les mots, avec l’illustration aussi bien sûr, elle est très caustique sur le monde d’aujourd’hui et développe une réflexion sur la virtualité et la fake popularité. Elle nous prépare une expo pour novembre sur toutes les émissions stupides de la télévision. On est très fiers parce qu’elle a été invitée par Bansky à Dismaland il y a trois ans. Sinon, Corleone. C’est l’un des tous premiers artistes avec qui on a travaillé, je me souviens de notre premier rendez-vous, il ne comprenait pas pourquoi on voulait le voir et quand il a su que c’était pour l’exposer, il n’en revenait pas. Je pense qu’avec lui on a eu un vrai rôle, c’est un beau partenariat. Par le biais de la galerie, on paye une partie de la production des œuvres, ça aide les artistes qui ont des idées, mais qui manquent de moyens. Corleone rêvait de travailler avec du plexiglas et pleins de matériaux différents, on a pu les lui procurer et l’expo a vraiment été géniale. On a fait depuis trois ou quatre collaborations avec lui. En fait, on accompagne vraiment les artistes, ce n’est pas juste un one shot.

Des projets pour le futur ?

J’ai toujours eu un attrait pour tout ce qui se passait en ligne, pour le monde de l’art et comment les faire fonctionner ensemble, ce qui est très compliqué. J’ai donc eu l’idée pendant que j’étais à Hong-Kong de créer un réseau social dédié aux commissaires d’expo. On a lancé la version bêta de cette plate-forme en ligne il y a deux mois et demi. C’est un mix de Linkedin, Facebook et Instagram pour répondre aux besoins de la profession, établir des connexions entre les commissaires, les aider avec différents services, comme partager les coûts des voyages des œuvres, prendre en charge des projets curatoriaux et à terme, une partie de la monétisation de la plate-forme ira également dans une sorte de fonds, pour aider à financer les plus petits projets, en crowdfunding par exemple. Pour le moment, on a de très bon retours et on a signé avec des investisseurs pour les trois prochaines années. Même si c’est un outil qui est en développement, ça fonctionne bien. J’ai d’autres choses, mais je ne peux pas forcément en parler, peut-être un projet entre la Chine et le Portugal. La plate-forme et la galerie, c’est beaucoup de travail, beaucoup d’investissement.

A quels prochains évènements participera Underdogs ?

D’abord à une expo de groupe, qui aura lieu le 13 septembre, de quatre artistes brésiliens. Ensuite, il va y avoir le festival Iminente, pour la quatrième année consécutive. C’est une expo de groupe à laquelle participent le studio de Vhils, Underdogs, Solid Dogma (agence de communication) et l’organisation d’Iminente qui chapeaute le tout. Ce sera comme chaque année au Panorâmico de Monsanto, à Lisbonne, du 19 au 22 septembre, avec plus de 15 artistes qui présenteront des sculptures, des choses in situ, etc. Et puis beaucoup de musique.

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