Un voyage du traditionnel au contemporain

Depuis des décennies, le Fress s’impose comme garant et comme protecteur du patrimoine immatériel de l’artisanat portugais.

Sur le chemin du château São Jorge à Lisbonne, que l’on soit à pied ou dans le tram 28, une halte au Largo das Portas do Sol est inévitable. Le flux touristique incessant qui s’y bouscule n’est pas un hasard. Le point de vue sur la capitale et le Tage est simplement époustouflant. La place abrite un des plus précieux trésors de la capitale à l’abri des regards, la Fondation Ricardo do Espírito Santo Silva (Fress).

Créée en 1953 au sein du palais Azurara, l’institution a été fondée par le banquier du même nom, pour préserver et transmettre un élément essentiel de l’identité du pays : les métiers traditionnels. « Ricardo Espírito Santo a été un mécène, un visionnaire, un donateur et un philanthrope, raconte Conceição Amaral, directrice du Fress. C’est le seul centre au niveau national qui dispose d’un espace muséologique, de formation et de transmission générationnelle. C’est notre héritage que nous honorons chaque jour. » 

Après une période difficile due à l’effondrement de son principal sponsor, la banque Espírito Santo, l’établissement connaît une profonde restructuration interne, afin de préserver son immense patrimoine. « C’est un projet qui a un bon point d’ancrage, parce qu’il a une histoire et qu’il se base sur la tradition, poursuit Conceição Amaral. Nous vivons cependant avec notre temps et comprenons bien ce qui est derrière nous. Nous visons l’excellence et la qualité en investissant dans les jeunes générations, en étant ouvert au public et présent dans la ville. Notre mission est avant tout culturelle, mais aussi, et de plus en plus, commerciale. »

Pour s’adapter aux nouvelles réalités, la direction du Fress a misé sur le contemporain et adapte les techniques typiques des arts décoratifs à une vision plus moderne. « Il est fondamental de suivre deux lignes. Conserver le côté classique, la formation de nos maîtres et leur savoir-faire, qui a perduré au cours des soixante-six dernières années. Mais aussi s’intéresser aux nouvelles tendances, en rencontrant les jeunes générations à la recherche de pièces au design plus contemporain », explique Vanessa Fiuza Salgado, ancienne étudiante du Fress et désormais sa directrice commerciale et marketing.

Le tout, dans un environnement familier, avec les professeurs, les stagiaires, les techniciens et les étudiants, qui expérimentent de nouvelles approches, tout en s’adaptant aux techniques de construction traditionnelles. Une vraie collaboration entre passé et présent. La lampe suspendue de Miguel Alonso et de la designer néerlandaise Marre Moerel en est un parfait exemple. Cet assemblage de deux pièces de bois sculptées à la main, d’éléments en laiton et d’un éclairage LED incarne les idéaux de la fondation. Le jeune sculpteur est l’un des ambassadeurs du Fress et représente la nouvelle vague de l’artisanat, qui va donner vie à l’institution pour les prochaines décennies. Le Portugais a exposé ses œuvres lors de diverses expositions, comme à l’évènement Homo Faber à Venise, organisé par la Fondation Michel-Ange, et au Best of Europe, un espace imaginé par le galeriste Jean Blanchaert et l’architecte Stefano Boeri.

D‘autres nombreux événements sont organisés pour diffuser l’activité de la fondation, méconnue des Portugais, et pour maintenir les métiers traditionnels du pays. Le dernier en date, Manufactum 1st Arts & Crafts Exhibition, a eu lieu entre avril et mai et a connu un franc succès. Le public a découvert cette structure unique, son musée, ses ateliers et son école, qui n’a de cesse de se développer tant au niveau national qu’international.

« Un nouvel espace au Chiado ouvrira bientôt ses portes et permettra de promouvoir nos pièces classiques et contemporaines, ainsi que notre catalogue, annonce Vanessa Fiuza Salgado. Nous espérons par ce biais trouver de nouveaux financements. Par ailleurs, un plan national des Arts et Métiers, en collaboration avec le ministère de la Culture et un master européen en partenariat avec la Fondation Michel-Ange, a été lancé dans le but de rendre leurs lettres de noblesse à nos professions. Enfin, une expansion à l’international est planifiée pour diffuser notre art aux quatre coins du monde, et prouver ainsi que traditionnel et contemporain sont faits pour s’entendre. » 

Álvaro Tavares Ramos

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