« Au-delà du pèlerinage, le film aborde la vie en communauté »

Rita Blanco, drôle et tendre dans « La Cage Dorée », revient le 12 juin prochain dans les salles françaises avec un nouveau film, « 11 fois Fátima »

Onze femmes, originaires de Vinhais, village situé dans une région montagneuse au nord du Portugal, décident de partir en pèlerinage à Fátima, à l’occasion du centenaire de l’apparition de la vierge Marie. Quatre-cents kilomètres et neuf jours de marche séparent les randonneuses du sanctuaire. Ce film, qui semble parfois relever du documentaire, raconte les difficultés mais aussi les joies de la vie de groupe, lesquelles sont particulièrement intéressantes, selon le réalisateur João Canijo, « quand il s’agit de femmes ». Le personnage dAna Maria, interprété par Rita Blanco, est à la fois autoritaire et comique. Il prouve surtout, si c’était nécessaire, l’incroyable talent de l’actrice.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?

Ce film est la suite logique de ma collaboration avec João Canijo. Il n’était pas question d’accepter ou de refuser. Travailler avec ce réalisateur fait partie de ma vie, comme manger et dormir.

Vous partagez l’affiche avec dix autres femmes. Quel est le message féministe du film, s’il y en a un ?

Cette question devrait être posée au réalisateur, mais je ne pense pas qu’il soit délibérément féministe. João aime beaucoup plus travailler avec les femmes et s’intéresse à l’univers féminin du cinéma. Je crois que c’est tout. 

On a parfois l’impression de voir un documentaire : était-ce le but ?

L’objectif de João est de se rapprocher au maximum de la réalité, mais malgré quelques improvisations, il s’agit ici bien d’un film. Nous, les acteurs, nous devons trouver la « vérité » de nos personnages, être sincères et rigoureux pour créer au mieux son caractère.

Vous devez faire 400 kilomètres à pied dans le film, les conditions de tournage étaient difficiles ?

Nous avons presque tous fait deux pèlerinages, certes moins longs que celui du film. En effet, le parcours de Vinhais à Fátima est considéré comme le plus long du pays. Bien entendu, pour le tournage, nous n’avons pas fait le chemin en une seule fois. Et à cause des caractéristiques du film, ça n’a pas toujours été très facile, mais cela fait partie du métier.

Etes-vous vous-même croyante et avez-vous déjà effectué un pèlerinage ? A Lourdes, à Fatima ou à Saint-Jacques de Compostelle, par exemple ?

Je ne suis pas religieuse. Mais j’ai fait deux vrais pèlerinages pour le film.

C’est votre sixième film avec João Canijo : quel regard portez-vous sur son travail ?

J’ai été présente dès le début de sa carrière. C’est difficile de prendre du recul, je suis trop impliquée dans le processus et dans son monde, le monde des femmes. Mais la meilleure réponse est certainement le fait que je continue à jouer dans ses films, et c’est avec lui que j’ai grandi, en tant qu’actrice de cinéma.

Vous avez acquis une nouvelle notoriété en France avec le succès de “La Cage Dorée”. Est-ce que vous sentez que le regard qu’on porte sur vous a changé ?

On ne peut pas vraiment parler de carrière en France.

Pensez-vous que le public français, qui est peut-être moins fervent que le public portugais, sera sensible à cette épopée ?

Nous n’avons pas besoin de nous identifier par similitude pour pouvoir apprécier une histoire. C’est la curiosité et le fait d’être intéressé par ce qui nous entoure qui compte, n’est-ce pas ? Par ailleurs, la religion existe partout et sous différentes formes… c’en est une. Le film parle peut-être d’un pèlerinage mais au fond, il s’agit plus de relations humaines, de la vie en communauté et de ses aléas.

L’Etat portugais a organisé et financé un événement au Festival de Cannes cette année pour attirer les producteurs et les réalisateurs. Un fond a aussi été créé, avec un budget de 12 millions d’euros par an, pour faire du Portugal une destination cinématographique. Que pensez-vous de cette initiative ?

Avant de parler d’un marché ou d’une industrie qui ne peut pas exister, en tous cas aujourd’hui, je pense qu’il serait nécessaire de produire plus de films portugais, d’avoir un cinéma portugais, réalisé par les Portugais.

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