Creuser dans le passé

Le petit village de Vale de Boi, dans le sud du Portugal, dispose depuis cette année de sa propre école internationale d’archéologie. Celle-ci attire des étudiants du monde entier autour du gisement paléolithique local

Texte Ana Tavares

Niché entre Burgau et Budens, Vale de Boi est un village tranquille près de Vila do Bispo, avec peu de résidents et encore moins de touristes. Cet été, cependant, la petite municipalité de l’Algarve a été le point d’ancrage d’un programme passionnant, qui a accueilli 11 étudiants d’une école internationale d’archéologie de terrain. Cela dans le cadre de la toute première bourse d’études Portugal Vale de Boi Scholarship, une campagne de fouilles qui s’est déroulée durant tout le mois de juillet.
Le projet est né il y a trois ans, lorsque la municipalité de Vila do Bispo et l’université de l’Algarve ont signé un protocole, qui a conduit, en mars dernier, à la création du Centre de recherche archéologique de Vila do Bispo (NIA-VB). Celui-ci dispose d’un espace d’hébergement (CAI), situé à Budens, dans l’ancienne école maternelle de ce village, doté de 20 lits, d’une cuisine, d’une cafétéria, d’une salle de classe, d’un bureau de coordination et d’une zone de manutention.
Le NIA-VB a donc attribué ses premières bourses d’étude dans le cadre d’un partenariat entre la mairie locale, l’université, le Centre interdisciplinaire d’archéologie et d’évolution du comportement humain (ICArEHB) et l’Institute for Field Research (IFR). Soutenant et participant à des projets de recherche sur les cinq continents et dans 22 pays par le biais de 47 écoles de terrain – dont celle de Vale de Boi –, l’IFR est une organisation académique américaine à but non lucratif, reconnue pour son travail impressionnant dans le domaine archéologique.
Selon Miriam Bar Zemer, en charge du programme de l’institut, ce partenariat international a deux objectifs principaux : « Le premier est d’offrir une excellente expérience aux étudiants de premier cycle universitaire, du Portugal et du monde entier. Le deuxième est de soutenir les recherches menées sur le site archéologique de Vale de Boi, tant sur le plan financier que logistique, avant de pouvoir les diffuser. Les frais de scolarité des étudiants et les dons, qui financent les bourses d’études, permettent à l’école de fonctionner d’une manière excellente et productive. »
L’Ecole internationale d’archéologie de Vale de Boi a été créée pour répondre à ces objectifs. « Les étudiants participent au processus de recherche, à travers des méthodes uniques, qui sont appliquées en archéologie paléolithique et aux valeurs contemporaines du Portugal », poursuit Miriam Bar Zemer. Ces derniers, originaires des Etats-Unis, du Canada et du Brésil, ont abordé « tous les aspects du travail de terrain (fouilles, documentation, prise de points, nettoyage et classification des découvertes, interprétation, etc.), en plus de bénéficier d’une expérience de travail et de vie à l’étranger ».
Outre les précieuses leçons qu’ils ont reçues de Nuno Bicho et João Cascalheira, professeurs à l’université de l’Algarve, les étudiants, en participant au programme, ont également obtenu huit crédits semestriels (indispensables pour valider leur année) du Connecticut College, après avoir réussi l’école de terrain.
Mais en quoi Vale de Boi est-il un endroit si intéressant pour les archéologues ? Tout simplement parce que ce village abrite un gisement paléolithique, officiellement identifié en 1998, qui est l’un des plus vastes et les plus connus de la péninsule ibérique. « Vale de Boi est un site important, car il a connu une très longue occupation préhistorique, qui a commencé il y a 33 000 ans et qui s’est terminée il y a 7 000 ans, note Miriam Bar Zemer. On y trouve les traces anciennes de notre espèce, l’Homo sapiens, mais également des preuves de l’arrivée des premiers agriculteurs sur la côte atlantique de l’Ibérie. Les artefacts et les vestiges organiques trouvés lors des fouilles [entre 6 000 et 8 000 chaque année] sont d’une qualité exceptionnelle et d’une grande diversité, si parfaits pour étudier le paléolithique. »
L’un des objets débusqués les plus intéressants est une plaque de schiste gravée, datant d’il y a environ 25 000 ans. « On peut y voir trois ou quatre animaux différents, représentant probablement le mouvement d’un seul, ainsi que des aurochs [espèce disparue de bovidé]. »
L’Ecole internationale d’archéologie de Vale de Boi, qui accueillera de nouveaux élèves en 2019, met le gisement archéologique sous les projecteurs internationaux et contribue à stimuler l’économie régionale, en plus de fournir des données scientifiques importantes et une connaissance sur notre passé, selon un communiqué de la mairie.
Quant aux visiteurs, les réactions sont tout aussi encourageantes : « Les retours sont bons et tous les étudiants ont vraiment apprécié l’école de terrain, non seulement pour ce qu’ils y ont appris, mais aussi pour l’opportunité qui leur était donnée de connaître la région et la culture portugaise, se félicite Miriam Bar Zemer. D’ailleurs, l’un d’entre eux souhaite revenir au Portugal pour sa maîtrise en archéologie. »

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