Le maître des chaises

Scissor Chairs

Vivre le Portugal a rencontré un artisan chevronné qui crée l’un des plus grands symboles de Monchique: la chaise ciseaux

Texte Ana Tavares
Photos Sara Alves

Une des choses que José Leonardo Salvador préférait faire quand il était enfant était de prendre une raboteuse et de lisser des planches de bois jusqu’à ce que le sol soit recouvert de copeaux bouclés. A l’époque, ces chaises n’étaient pas encore appelées “chaises ciseaux” – elles étaient tout simplement connues comme les chaises de Monchique. De nombreux enfants portugais étaient obligés de quitter l’école pour travailler à un très jeune âge. José fut l’un de ces enfants; après avoir terminé l’école primaire, il a commencé à travailler avec son père et grand-père, tous deux scieurs, quand il avait à peine 13 ans. Maintenant, à l’âge de 72 ans, José est l’un des rares maîtres menuisiers qui saisit encore l’art complexe des chaises ciseaux, l’un des symboles les plus emblématiques de Monchique et une partie de l’héritage romain de la région. Il est également l’un des plus connus et qui, grâce à ses moyens novateurs, a développé le siège traditionnel dans environ 30 modèles; en banc, en table et même en chaise à bascule.

Suivant la tradition de sa famille dans l’industrie du bois, José a travaillé comme menuisier la plupart de sa vie. Dans les années 60, lorsque les Britanniques ont “découvert” l’Algarve en tant que destination touristique et sont devenus des acheteurs avides de cet artisanat, José se trouva inondé de commandes. “Mon travail, que je décris comme le travail d’un menuisier, était dorénavant appelé le travail d’un artisan,” dit-il en riant, ajoutant que c’est également à cause des touristes que les chaises de Monchique sont devenues connues comme les chaises ciseaux.

En fait, plus un tabouret qu’une chaise, ces pièces étaient le type de siège le plus commun à l’époque romaine, principalement en raison de leur portabilité, car elles se plient comme des ciseaux. Une chaise démocratique – elle était utilisée par les empereurs et les esclaves -, elle est l’un des symboles les plus forts de la présence romaine dans la région, ainsi que les sources d’eau extrêmement populaires de Monchique.

Tirant le meilleur parti de cette vague d’intérêt pour cet ancien classique régional, José a ouvert un petit magasin familial en 1977 sur la Rua Calouste Gulbenkian à Monchique, où son atelier est toujours basé. Situé dans ce qui était à l’époque l’une des rues les plus animées de Monchique, l’activité de José s’est épanouie, et il a finalement ressenti le besoin de séparer la boutique de son atelier. Voilà pourquoi la Casa dos Arcos s’est installée à quelques pas de son atelier sur la Estrada Velha, il y a environ 20 ans. Un grand espace d’exposition pour le travail de José, le magasin est littéralement rempli de meubles – tous inspirés par le modèle traditionnel. Il y a des tables, des bancs, des chaises longues avec des accoudoirs embellis et même des chaises avec un support spécialement conçu pour déposer des assiettes et des verres. Selon José, il a créé son premier “nouveau” modèle en 1978 et a depuis agrandi sa gamme de créations. Beaucoup ont essayé de le copier, ajoute-t-il, mais faire ces pièces nécessite un processus si complexe que peu ont eu la patience de continuer.

Les murs de la boutique, couverts de souvenirs, racontent aussi l’histoire de cet artisan fier: des photos de ses chaises, envoyées par des clients dans des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, l’Écosse et le Danemark; des coupures de journaux avec de nombreux articles écrits sur lui, et même des images des trois églises en Belgique qui ont été entièrement meublées avec ses créations, peuvent être trouvées accrochées aux murs. À côté, dans un garage, les clients peuvent également voir l’une des pièces les plus populaires de José: une chaise ciseaux géante qu’il a fabriquée en 2002 et qui a énormément attiré l’attention des médias. “Mais elle n’est pas à vendre”, dit-il, ajoutant fièrement qu’il a déjà eu plusieurs demandes pour ce modèle.

Chaque chaise classique que José fait nécessite environ quatre à cinq heures de travail. Alors que dans le passé tout était fait à la main, aujourd’hui il utilise quelques machines, mais le processus est encore très artisanal et prend du temps, en fonction des finitions choisies. Les pièces les plus complexes, sur lesquelles José sculpte sa signature, sont entièrement faites en bois.

Son bois de choix est l’Aulne, qui pousse près des cours d’eau et qu’il achète localement. “Nous avons du bois de bonne qualité dans la région”, note le menuisier. “Le bois de la meilleure qualité est celui qui est coupé en automne.” Pour mettre en valeur une telle qualité, l’artisan choisit de vendre ses pièces en bois naturel, sans aucun produit, vernis ou finition. Les clients peuvent ensuite appliquer la cire ou le produit de leur choix pour protéger leur meuble.

Alors que précédemment, la plupart de ses clients étaient britanniques, les chaises de José sont maintenant achetées principalement par les touristes suisses et allemands, qui peuvent toujours compter sur l’aide de sa charmante fille, Célia. Elle aide son père à vendre ses chaises depuis ses sept ans – “Je parlais aux touristes en utilisant des gestes”, se souvient-elle en souriant – Célia possède une connaissance approfondie de l’œuvre de son père et est également responsable pour l’expédition à l’étranger, si les clients le souhaitent.

En tant que propriétaire de ce qu’il appelle une “véritable entreprise familiale”, José admet qu’il aimerait avoir un apprenti à qui transmettre son savoir-faire. Il nous montre une petite sculpture en bois faite par son fils Paulo, qui vit actuellement à l’étranger, et dit: “j’espère encore que ce sera lui.”

Le prix d’une chaise classiques est de €25, mais peut aller jusqu’à €200 pour les modèles plus complexes. Le magasin est ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 19h00.

Casa dos Arcos
Estrada Velha, Monchique
Tél: 282 911 071

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