À Bussaco, le temps semble s’être arrêté. Plus qu’une destination, c’est une parenthèse hors du monde, à la fois naturelle, historique et gastronomique.
Dès que l’on franchit les murs de pierre qui entourent la forêt de Bussaco, on a la sensation d’entrer dans un autre univers. La lumière se tamise sous la voûte des pins et des cèdres centenaires, l’air légèrement humide embaume la résine et les fougères, et il suffit de quelques pas pour entendre le bruissement de la nature et oublier le reste du monde.
C’est ici qu’au XVIIᵉ siècle, des moines carmes déchaussés sont venus chercher le silence et la contemplation. Ils ont planté des centaines d’espèces venues d’ailleurs et tracé des sentiers bordés de cèdres géants.
Leur héritage demeure intact. Plus de 250 espèces d’arbres et d’arbustes ont fait de la Mata do Bussaco un véritable sanctuaire de biodiversité, aujourd’hui classé monument national et candidat au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance souligne la valeur exceptionnelle de cette forêt de 105 hectares, où l’on croise encore la silhouette discrète du couvent de Santa Cruz et des ermitages disséminés au détour des chemins. Récemment, Bussaco a également été reconnue comme « forêt thérapeutique », dont l’atmosphère apaisante est réputée pour ses bienfaits sur le corps et l’esprit.
À chaque saison, la forêt se réinvente. Au printemps, elle s’illumine de fleurs sauvages et exhale un parfum de renouveau ; à l’automne, elle se couvre d’un tapis d’or et de brume, donnant l’impression d’évoluer dans les pages d’un roman d’aventures.

C’est dans ce décor à la fois sauvage et mystique que le roi Dom Carlos Iᵉʳ décida, à la fin du XIXᵉ siècle, d’édifier un pavillon de chasse. L’architecte italien Luigi Manini en fit un palais néo-manuélin aux allures de vaisseau de pierre, orné de sculptures inspirées de la tour de Belém et du monastère des Hiéronymites. Fresques, azulejos et boiseries racontent l’épopée maritime du Portugal et le faste des siècles passés. Dans le grand salon aux parquets de bois exotiques ou sous le plafond mauresque du restaurant, on se sent encore invité d’un roi.
L’histoire du palace est elle-même romanesque. Dom Carlos et la reine Amélie l’auraient inauguré en 1904 lors de fêtes fastueuses. Quelques années plus tard, le jeune roi Manuel II y aurait vécu une idylle avec l’artiste française Gaby Deslys. En 1910, le palais fut encore le théâtre des commémorations du centenaire de la bataille de Bussaco, dernière cérémonie officielle de la monarchie portugaise avant l’exil.
Séjourner aujourd’hui au Palace Hôtel Bussaco, c’est retrouver cette atmosphère hors du temps. Les soixante-et-une chambres et les quatre suites ont conservé leur cachet d’époque, avec leurs boiseries sculptées, leurs tissus anciens et, parfois, le choix assumé de se passer de certaines modernités afin de préserver l’âme du lieu. D’autres offrent une vue imprenable sur la forêt et les jardins, avec terrasses et colonnes de pierre prolongeant la rêverie.
L’hôtel cultive un art de vivre où le confort discret — du service en chambre à l’accueil 24 h/24 — se mêle à la magie de l’Histoire. Chaque détail semble pensé pour faire oublier le temps, comme si l’on entrait dans un roman dont les murs garderaient encore l’écho des conversations royales.
Mais l’expérience ne serait pas complète sans un dîner au Mesa Real. L’ancienne salle de banquet des Bragance a conservé son superbe plafond arabe et les toiles de João Vaz illustrant les aventures de Vasco de Gama. Sous la direction du chef Nélson Mateus, la cuisine rend hommage au terroir portugais, exécutée avec une rigueur héritée d’Escoffier. L’accord parfait : un verre des légendaires vins de Bussaco, embouteillés au château depuis 1920 et réputés pour leur incroyable longévité. Certains blancs datent de 1944 et des rouges de 1945, véritables reliques œnologiques qui font voyager autant que la cuisine.

Aux beaux jours, la terrasse ombragée donnant sur le jardin à la française est un pur ravissement. On y savoure un déjeuner à l’air libre, le regard happé par le vert profond de la forêt et les colonnes sculptées en pierre d’Ançã. À deux pas, la Salle des Anges offre une atmosphère plus intimiste, sous un élégant plafond en trompe-l’œil.
À Bussaco, chaque instant est une invitation à ralentir : une balade matinale dans la forêt, un thé au salon royal, un dîner raffiné sous les fresques ou un verre de blanc sur la terrasse au coucher du soleil. On repart avec le sentiment d’avoir traversé un chapitre d’Histoire, porté par le parfum des cèdres et le murmure des feuilles. Plus qu’une étape, Bussaco est un voyage en soi, une expérience rare où la nature, l’architecture et la gastronomie composent un trio inoubliable.




