Face à la flambée des prix et à la croissance démographique, le maire Telmo Pinto estime que les règles d’urbanisme ne sont plus adaptées. La municipalité alerte sur une situation devenue critique, où certains travailleurs vivent dans des conteneurs, et réclame des mesures exceptionnelles pour accélérer la construction de logements.
La municipalité de Loulé tire la sonnette d’alarme face à la crise du logement en Algarve. Elle décrit la situation comme une « urgence en matière de logement » et une « urgence humaine », et réclame des pouvoirs exceptionnels permettant aux communes de mettre plus rapidement des logements à disposition.
Dans un communiqué au ton particulièrement ferme publié vendredi 16 octobre, la mairie dénonce la multiplication des constructions illégales et des habitations de fortune dans la région. Elle souligne également que des travailleurs, y compris certains employés sur les chantiers de construction de logements, vivent eux-mêmes dans des conteneurs surpeuplés.
« Ce n’est ni une prévision ni un scénario. C’est en train de se produire, sous les yeux de tous, et tout le monde fait semblant de ne pas le voir », affirme la municipalité.
Au cœur de son argumentation figure la rapidité avec laquelle Loulé, comme l’ensemble de l’Algarve, a connu une croissance démographique.
La population résidente de Loulé est passée de 70 266 habitants en 2011 à 94 447 en 2025, soit une augmentation de plus de 24 000 personnes. Selon les données de Pordata, plus de 13 000 habitants supplémentaires se sont installés dans la commune depuis 2021.
La mairie estime que les prix moyens de l’immobilier y ont augmenté d’environ 75 %. Parallèlement, certains appels d’offres publics pour la construction de logements ne reçoivent aucune candidature, les prix de référence officiels ne correspondant plus aux coûts réels de construction.
« Pour ceux qui vivent de leur travail, avoir un logement en Algarve est devenu impossible », déplore la municipalité.
« L’Algarve de 2007 n’existe plus »
Loulé impute une grande partie du problème aux règles d’urbanisme, qui, selon elle, n’ont pas suivi les transformations de la région.
Le Plan régional d’aménagement du territoire de l’Algarve (PROT Algarve), actuellement en vigueur, a été approuvé en 2007. Il définit le cadre régional auquel les documents d’urbanisme des communes doivent se conformer.
« Le PROT Algarve a été approuvé en 2007 pour une Algarve qui n’existe plus », dénonce la mairie.
Selon elle, des règles conçues il y a près de vingt ans pour limiter le développement rendent aujourd’hui trop difficile une réponse rapide des municipalités à la pénurie de logements.
Résultat : faute de pouvoir être construits légalement et dans le cadre d’un aménagement planifié, certains logements apparaissent désormais « de manière précaire et illégale », affirme-t-elle.
Le maire de Loulé, Telmo Pinto, va plus loin en remettant en question l’équilibre des pouvoirs entre les municipalités élues et les instances régionales et nationales dont l’avis est nécessaire pour les décisions d’urbanisme.
« Les maires sont élus pour résoudre les problèmes, mais ils n’ont pas le pouvoir de décider. »
La municipalité estime que les plans directeurs municipaux peuvent rester bloqués pendant des mois, voire des années, dans des procédures de consultation et d’approbation impliquant des organismes dont les responsables ne sont pas directement comptables devant les électeurs locaux.
« Chaque avis qui tarde, c’est une famille qui reste sans logement », affirme-t-elle, avant de lancer une accusation particulièrement forte : « En matière d’aménagement du territoire, il n’y a pas de démocratie au Portugal. »
« Nous avons besoin de décisions audacieuses »
Pour Telmo Pinto, des circonstances exceptionnelles exigent désormais une réponse plus déterminée.
« Nous avons besoin de décisions audacieuses. Nous devons décider maintenant. Nous devons agir pour les habitants, pour l’économie et pour la sécurité et l’avenir de notre région », déclare-t-il.
« À Loulé, nous agissons, mais uniquement dans un cadre juridique inadapté, avec des pouvoirs qui ne correspondent pas aux besoins réels du territoire et de ses habitants. »
La mairie affirme avoir déjà lancé des opérations concernant plus de 100 logements et poursuivre ses acquisitions de biens immobiliers destinés au parc public.
Plus tôt cette année, elle avait engagé une consultation du marché en vue d’acquérir jusqu’à 100 logements achevés, dans le cadre de sa Stratégie locale pour le logement couvrant la période 2019-2032. Une autre consultation portant sur l’acquisition de logements immédiatement habitables a été publiée en septembre.
Mais la municipalité estime que ses seules initiatives ne suffisent pas à suivre le rythme de la demande.
Cinq revendications pour sortir de la crise
Loulé réclame tout d’abord l’achèvement urgent de la révision en cours du PROT Algarve, afin que celui-ci soit adapté aux pressions démographiques actuelles de la région.
Deuxièmement, la mairie souhaite la mise en place temporaire d’un régime exceptionnel permettant aux municipalités de libérer des terrains pour la construction de logements abordables. Elle demande également que les organismes chargés de rendre des avis soient soumis à des délais courts et contraignants. Si ces délais expirent sans réponse, l’approbation devrait, selon elle, être considérée comme acquise.
La troisième revendication porte sur un contrôle effectif afin de mettre fin à l’hébergement de travailleurs dans des conteneurs, avec la mise à disposition de solutions de logement alternatives adaptées.
La municipalité demande ensuite la création d’un programme de financement spécifique pour les territoires confrontés à une croissance démographique exceptionnelle. Celui-ci devrait s’appuyer sur des prix de référence pour la construction reflétant les coûts réels du marché.
Enfin, Loulé appelle à une réforme plus large de l’État afin de donner aux autorités locales élues davantage de pouvoirs, de moyens et d’autonomie dans la gestion de leur territoire.
La mairie inscrit son avertissement dans le contexte des récentes mobilisations pour le logement au Portugal et en Espagne. Elle évoque notamment les tentes installées à Lisbonne, sur la Puerta del Sol à Madrid et, cette semaine, à Porto.
Elle pose alors la question : les autorités attendront-elles que des scènes similaires se produisent à Faro, Loulé ou Portimão ?
« La patience de ceux qui travaillent et n’ont nulle part où vivre est à bout », affirme la municipalité.
Sa conclusion est tout aussi ferme : « Soit l’État se réveille maintenant, soit il se réveillera trop tard. L’Algarve ne peut plus attendre. »
Source : Câmara Municipal de Loulé
Michael Bruxo





