Face à la crise du logement, le président de la République et les partis politiques multiplient les appels à l’action. Le PS propose notamment des avantages fiscaux pour remettre les logements vacants sur le marché, tandis que CHEGA réclame une révision de la fiscalité immobilière.
Personne ne conteste l’ampleur de la crise du logement au Portugal. La question est désormais de savoir comment y remédier, et surtout à quelle vitesse.
Après une mobilisation massive à Porto, suivie de manifestations dans plusieurs villes, dont Lisbonne, le président de la République, António José Seguro, a rejoint les appels à l’action. L’objectif ne serait pas de se contenter de mesures ponctuelles, mais de trouver des solutions durables à une crise qui, depuis dix ans, empêche de nombreux Portugais de se loger et d’avancer dans leur vie.
À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, dimanche dernier, le chef de l’État a exprimé sa compréhension à l’égard des manifestants qui ont installé des campements à Porto et à Lisbonne. Lors d’une réunion du groupe d’Arraiolos, dans la ville slovène de Brdo, il a averti qu’« une Europe où tant de jeunes ne peuvent pas se permettre d’avoir un logement, de fonder une famille ou de croire que leur travail leur permettra de vivre mieux risque de perdre la confiance des jeunes générations ».
Dans une déclaration publiée dimanche, il a également rappelé que « créer de la richesse et protéger les plus vulnérables sont les deux faces d’une même pièce », soulignant qu’une société juste exige que personne ne soit laissé de côté.
Plusieurs éditorialistes mettent en garde contre les conséquences d’une crise qui s’éternise : si la situation continue de se dégrader, la confiance dans les institutions démocratiques pourrait elle aussi s’éroder.
CHEGA veut revoir la fiscalité immobilière
Le premier à avancer des propositions a été André Ventura, le dirigeant de CHEGA, parti qui soutient par ailleurs la réforme des loyers controversée du gouvernement.
Lors d’une conférence de presse organisée samedi au siège national de son parti, à Lisbonne, il a appelé à un accord entre les formations politiques afin d’adopter des mesures capables de répondre concrètement aux difficultés de logement.
CHEGA propose notamment de réexaminer les avantages fiscaux accordés aux personnes disposant de moyens financiers importants pour acheter des biens immobiliers, de revoir l’impôt municipal sur les biens immobiliers (IMI) et d’augmenter de 50 % les déductions fiscales liées aux loyers et aux remboursements de prêts immobiliers.
Interrogé sur le risque que ces mesures compromettent l’excédent budgétaire prévu pour l’année prochaine, André Ventura a estimé que ce risque valait la peine d’être pris si cela permettait d’améliorer les conditions de logement des Portugais.
« Cela ne sert à rien d’avoir un pays aux finances publiques saines si les gens sont pauvres », a-t-il déclaré, estimant qu’un budget équilibré ne suffisait pas lorsque les ménages continuaient à faire face à des dépenses mensuelles incertaines.
Le dirigeant de CHEGA a également averti que son parti pourrait retirer son soutien aux modifications de la loi sur les loyers si le gouvernement ne les corrigeait pas conformément à ses demandes.
Concernant les manifestations de ces derniers jours, il a prévenu que la contestation pourrait prendre de l’ampleur si aucune solution n’était rapidement trouvée, en mobilisant davantage d’associations, de mouvements et de partis politiques. CHEGA entend, selon lui, « se battre pour le logement » si le problème n’est pas résolu.
Le PS mise sur les avantages fiscaux
Le Parti socialiste (PS) a, de son côté, présenté ses propositions dans une lettre ouverte adressée lundi au Premier ministre, Luís Montenegro. Son secrétaire général, José Luís Carneiro, défend notamment un programme temporaire de trois ans destiné à remettre sur le marché les logements vacants.
Le dirigeant socialiste estime que des centaines de milliers de biens immobiliers restent inoccupés alors qu’ils pourraient être habités. Des incitations fiscales pourraient, selon lui, encourager leurs propriétaires à les vendre ou à les louer.
Le dispositif proposé prévoit plusieurs mesures : Exonération de l’impôt sur les plus-values pour la vente de logements existants d’une valeur maximale de 300 000 euros, à condition qu’ils soient destinés à devenir la résidence principale de l’acheteur. Fiscalité réduite sur les plus-values pour les biens vendus entre 300 000 et 500 000 euros. Exonération du droit de timbre pour certains achats immobiliers et les prêts hypothécaires associés. Imposition à 5 % des revenus locatifs, dans le cadre d’un contrat de location facultatif de cinq ans.
Pour encourager les propriétaires à proposer leurs biens sur le marché locatif de longue durée, le PS souhaite également instaurer une garantie publique couvrant les loyers impayés. Le parti réclame par ailleurs une amélioration du fonctionnement du Balcão do Arrendatário e do Senhorio, le service public chargé de faciliter la résolution des litiges entre propriétaires et locataires.
Une garantie publique pour les propriétaires et les locataires
José Luís Carneiro demande également au gouvernement de reprendre une proposition déjà présentée par le PS : la création d’un mécanisme de garantie publique pour les locations, à intégrer au budget de l’État pour 2027.
Le dispositif permettrait à l’État d’indemniser les propriétaires en cas de loyers impayés ou de dégâts causés à leur bien, avant de se retourner contre les locataires pour récupérer les sommes versées.
La participation serait facultative et nécessiterait l’accord des deux parties. Le mécanisme concernerait notamment les jeunes de 18 à 35 ans ainsi que les ménages répondant à certains critères de revenus. Les contrats devraient être déclarés à l’administration fiscale et les loyers respecter les plafonds fixés pour le logement abordable.
Le PS avait également proposé de porter à 1 000 euros, à partir de 2027, la déduction annuelle de l’impôt sur le revenu liée aux loyers. Il souhaite en parallèle lutter contre la spéculation immobilière et favoriser la remise sur le marché des logements vacants.
Une stratégie pour les dix prochaines années
Au-delà des mesures fiscales immédiates, le PS défend la création d’un Service national du logement abordable, baptisé SENHA, conçu comme une stratégie à long terme pour la prochaine décennie.
Ce programme réunirait les initiatives publiques existantes et associerait les municipalités, les coopératives, les associations et les promoteurs privés afin d’augmenter l’offre de logements abordables.
Le parti prépare ce projet dans le cadre d’une consultation nationale portant notamment sur la construction, la fiscalité, le logement public, les besoins des jeunes et les aides sociales.
José Luís Carneiro affirme vouloir apporter une réponse structurelle à la crise, alors que le marché reste marqué par une offre insuffisante et des prix devenus inaccessibles pour une partie de la population.
Le gouvernement accusé de manquer de volonté politique
Cette lettre constitue la deuxième intervention directe du chef du PS auprès du Premier ministre sur la question du logement. Une première communication, envoyée en août 2025, serait restée sans réponse, selon José Luís Carneiro.
Le dirigeant socialiste accuse le gouvernement de manquer de volonté politique et de capacité à mettre en œuvre des mesures efficaces. Toutefois, les commentateurs rappellent que la crise ne peut être imputée au seul exécutif actuel : les dix années de gouvernements socialistes précédentes n’ont pas permis d’enrayer la hausse des prix, qui ont progressé de 180 % sur cette période.
Ces propositions interviennent alors que le Parlement s’apprête à débattre du budget de l’État pour 2027. Le PS fait déjà l’objet de critiques pour avoir annoncé son abstention sur le texte, sous réserve de quatre conditions qui, selon l’article, ne portent pas sur le logement.
Reste à savoir si la crise immobilière se transformera en une crise plus large de confiance envers les responsables politiques. Alors que les critiques se multiplient et que les réponses concrètes tardent à convaincre, cette possibilité semble de plus en plus réelle.
Natasha Donn





