Des mains de João Bruno Videira naissent des œuvres qui célèbrent la nature, le temps et la mémoire
La laine d’Arraiolos est le fil conducteur du travail de João Bruno Videira. Dans son atelier du centre historique de Tomar, cet artisan et designer autodidacte réinvente les techniques ancestrales avec une approche résolument contemporaine.
« Ce qui me fascine, dit-il, c’est cette tension entre l’ancien et le moderne. Les techniques traditionnelles transportent des histoires, des savoir-faire, des rythmes. Quand je les mets en dialogue avec un langage contemporain, il naît quelque chose de nouveau : ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. C’est une fusion, une réinvention. Et c’est là, je crois, que l’art prend vie — dans cet espace de confrontation et de découverte. »
C’est dès l’enfance, entouré des tapis d’Arraiolos brodés par sa mère, qu’il découvre l’univers des fils et de la laine.
« Je la regardais broder pendant des heures. C’était un geste de soin, de patience, mais aussi de création. Tout cela est resté en moi, comme une langue silencieuse. Des années plus tard, lorsque la laine a recroisé ma route, j’ai retrouvé cet héritage invisible : cette manière de voir avec les mains. »

Cet amour discret s’est mué en vocation lorsqu’il a tourné la page de sa carrière dans le journalisme et la communication.
« J’étais désenchanté, confie-t-il. Et en moi grandissait le besoin de changer de voie. Jamais je n’aurais imaginé que ce serait vers la laine… mais la vie m’a montré ce chemin. Elle s’est imposée comme un lien entre passé et futur, mémoire et expérimentation. Un retour à la maison, mais par un chemin inattendu. »
Tout commence par un défi : restaurer une vieille chaise. De fil en aiguille, il entame un parcours qui le conduit aujourd’hui à créer des sculptures, des objets de design et des installations qui franchissent les frontières — matérielles, esthétiques et géographiques. À partir de fils de laine aux teintes multiples, il compose des pièces uniques, véritables célébrations de la force et de la fragilité des éléments naturels.
« Mon processus est très organique, très fluide, parfois même immédiat. Parfois, je visualise clairement une idée ; d’autres fois, je pars d’une sensation, d’une émotion. Puis le matériau me guide. J’écoute ce que la laine me dit, comment elle réagit aux gestes, au temps, à la répétition. Il y a toujours un équilibre entre le planifié et l’imprévu. Et une dimension méditative qui me passionne profondément. »
Son lien à la nature est constant.
« La nature est mon point de départ et mon point de retour. Je ne la représente pas toujours directement, mais je travaille avec ses rythmes, ses formes organiques, ses cycles de transformation. Il y a une écoute active — des matériaux, de la lumière, de l’espace — qui vient de cette connexion intime avec le vivant. Et cela se reflète jusque dans le nom de mes pièces : les pierres, les arbres… »
Ses œuvres, souvent réalisées sur commande, sont bien plus que des objets : ce sont des expériences sensorielles, des regards sur la nature et ses métamorphoses. Des créations comme Coração (Cœur), Raízes (Racines) ou Erosão (Érosion) incarnent cette approche.
« Le Cœur, c’est notre pulsation intérieure. Les Racines, ce qui nous ancre. L’Érosion, elle, parle du temps, de l’usure, mais aussi de ce qu’il révèle. »

Malgré les défis — « la laine demande du temps, de la patience, et ne se laisse pas toujours apprivoiser facilement » —, son travail dépasse aujourd’hui les frontières portugaises. Il a été présenté à la London Design Fair, à la Dubai Design Week ou encore à Maison & Objet, à Paris.
« C’est une immense satisfaction. Présenter mon travail à l’étranger, c’est aussi transmettre un morceau de mon histoire, de notre culture et de la tradition textile portugaise. Il y a une vraie curiosité pour cette approche qui mêle héritage ancestral et création contemporaine. C’est un moteur pour continuer à expérimenter. »
Pour 2025, João prépare l’un de ses projets les plus ambitieux : une installation permanente dans le Salon Noble du Musée des Biscainhos, à Braga.
« Cette œuvre mettra en dialogue l’histoire du lieu avec la matérialité contemporaine de la laine, à travers des éléments sculpturaux en burel. Ces formes, semblables à des galets, varient en taille et en volume, créant un espace où la solidité rencontre la douceur. Inspirée par la tradition textile portugaise, cette installation explore la relation entre nature et culture. Elle invite le public à une expérience sensorielle et contemplative : un lieu de pause et d’introspection. On s’assoit, on regarde le plafond peint, et on se laisse envelopper. »
Quant à l’avenir, João Bruno Videira rêve de porter son langage textile au grand air.
« J’aimerais créer une installation à ciel ouvert, en dialogue direct avec le paysage. Et j’ai envie de collaborer avec d’autres disciplines — danse, vidéo, architecture — pour continuer à élargir les horizons du textile comme langage contemporain », conclut-il.





