Passion et diplomatie : l’Université Catholique Portugaise s’ouvre à l’Europe

Student Council T4EUPendant des siècles, les Européens se sont querellés et envahis mutuellement. Le projet visionnaire de paix et de coopération économique, progressivement mis en place après la Seconde Guerre mondiale et devenu l’Union européenne, a demandé des décennies pour aboutir à ce modèle d’intégration politique relative que nous connaissons aujourd’hui.

Les symboles de réconciliation européenne jalonnent cette histoire : François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant la main à Verdun en 1984, ou encore l’inauguration du Tunnel sous la Manche en 1994, quand il paraissait impensable que le Royaume-Uni ait un jour à craindre une nouvelle invasion venue du continent.

Dans un discours ambitieux prononcé à la Sorbonne en septembre 2017, le président français Emmanuel Macron appelait à la création d’un réseau d’universités européennes permettant aux étudiants d’étudier à l’étranger et de suivre des cours dans au moins deux langues. La recherche et l’enseignement supérieur, affirmait-il, seraient « absolument décisifs » pour l’avenir du continent.

Un projet européen né en 2019

Aux côtés du programme Erasmus, un nouvel élan est lancé en 2019 dans le cadre de l’« European Knowledge Alliance Initiative », invitant les universités à former des alliances. Objectif : promouvoir une Europe plus solidaire, plus juste et respectueuse de la diversité culturelle. Aujourd’hui, 64 alliances existent, dont Transform4Europe (T4EU).

L’Universidade Católica Portuguesa (UCP) y a adhéré en mai 2022. Seule institution privée et confessionnelle du réseau, elle possède des campus à Braga, Lisbonne, Porto et Viseu, et pilote au sein de T4EU les stratégies d’ouverture sociétale et internationale.

Trois axes : numérique, inclusion, durabilité

Rencontré au Centro de Arte Moderna Gulbenkian de Lisbonne, Francisco Mendes-Palma, économiste de formation et coordinateur institutionnel T4EU, résume l’action de l’alliance autour de trois axes : transformation numérique, inclusion sociale et durabilité environnementale.

Il reconnaît sans détour les difficultés : « Imaginez une famille de 27 membres autour d’une table essayant de prendre une décision ! ». Car si T4EU est un projet européen, chaque État membre reste souverain en matière d’enseignement supérieur.

Sa collègue Sara Magno, chargée des partenariats et du rayonnement, insiste : « Nous préparons les jeunes professionnels à un monde ouvert. Nous leur offrons la mobilité, des rencontres avec des mentalités différentes et des contacts européens et mondiaux. »

Elle cite un échange fructueux entre l’UCP et l’Académie des Arts d’Estonie, et rappelle l’importance d’événements ouverts sur la société, tel le Science Café organisé en juin 2024 au Gulbenkian sur le thème La guerre est-elle réparable par la culture ?

Coopérations inédites et diplômes conjoints

L’alliance collabore aussi avec l’Université d’État de Marioupol, en Ukraine, où des « hot spots » permettent aux enseignants et étudiants ukrainiens de poursuivre leur activité. L’anglais est la langue de travail commune, avec des cours majoritairement en ligne au niveau licence, et davantage de mobilité pour les masters et doctorats.

Les diplômes conjoints constituent une pierre angulaire du projet. Exemple : le master en Créativité numérique, dispensé à Porto, Silesia (Pologne) et Jean Monnet (France), avec quatre semestres répartis entre les établissements.

Le financement repose à 80 % sur l’Union européenne et à 20 % sur des fonds nationaux. Pour Mendes-Palma, « nous assistons à la création d’un marché européen de l’enseignement supérieur, comparable à la politique agricole commune de 1962, mais dans le respect des cultures et des langues ».

« Un contre-mouvement face à la peur »

Si le Royaume-Uni, post-Brexit, ne peut rejoindre l’alliance, UCP développe néanmoins des coopérations avec ses universités.

Pour Sara Magno, T4EU est « un contre-mouvement aux tendances nourries par la peur de l’autre ». Mendes-Palma ajoute : « Nous n’évoluons pas dans l’environnement le plus favorable, mais cela pousse les partisans du projet européen à s’engager davantage. »

Tous deux insistent sur la défense de la liberté académique et sur la nécessité de sortir de sa zone de confort. « Le Portugal est trop petit pour se priver d’opportunités. Nous devons prendre des risques. Nous ne pouvons pas avoir peur », résume Mendes-Palma.

Et de conclure : « Les universités appartiennent à une communauté. Nous devons y rester actifs, avec un impact global. »

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