« Comment un si petit pays peut-il nous laisser couver pendant dix jours ? », interroge le maire de Vila Real
Les propos d’Alexandre Favaios, maire de Vila Real, résument à eux seuls le scénario dantesque que vit le Portugal cet été. « Comment un si petit pays (…) peut-il nous laisser couver pendant dix jours ? », s’étonne-t-il, alors que sa région lutte contre des feux incontrôlables qui se rallument sans cesse, sous des températures dépassant les 40 °C, avec des moyens manifestement insuffisants.
« Il est temps que l’ANEPC (Autorité nationale de protection civile) et la coordination nationale prennent la parole. Il est temps que la ministre, qui avait assuré que nous étions prêts et que les moyens suffisaient, s’explique. On voit bien aujourd’hui que ce n’était pas le cas », déclare Favaios aux journalistes. Mais, plus encore, « il est temps d’entendre le Premier ministre », ajoute-t-il — ce dernier étant photographié presque au même moment, profitant des vagues sur la côte de l’Algarve, épargnée pour l’instant par les incendies.
Alors que les feux portugais font la une à l’international et que les trois Canadairs lourds loués sont tous hors service, l’absence de réaction des responsables politiques en vacances frappe l’opinion, à quelques semaines des élections municipales.
Pendant ce temps, le pays continue de brûler : depuis dimanche, des milliers d’hectares se sont ajoutés aux 60 000 déjà partis en fumée depuis le début de l’année. Les paysages riches de Vila Real mettront « de très, très nombreuses décennies à se régénérer », prévient Favaios. Même constat dans d’autres zones : Ponte da Barca, Covilhã, Trancoso, Tabuaço, le parc naturel de Peneda-Gerês.
Les experts alertent : c’est le visage du futur — vagues de chaleur plus fréquentes et rapprochées, entraînant davantage d’incendies. Les arrestations d’incendiaires se multiplient, mais les flammes ne faiblissent pas.
Euronews a largement diffusé les images impressionnantes de « tornades de feu » traversant fumées et dévastation. Chaque soir, la télévision nationale montre des villages encerclés par les flammes. Beaucoup d’habitants disent être « livrés à eux-mêmes », les pompiers n’atteignant pas certaines localités et les maisons n’étant sauvées que grâce aux efforts désespérés des riverains.
Au moment d’écrire ces lignes, Trancoso, Vila Real et Tabuaço figurent parmi les foyers les plus préoccupants. Demain, la liste aura peut-être changé, mais la réalité reste celle d’un petit pays en flammes pour encore plusieurs semaines, sans solution en vue. Des alertes limitant les déplacements en zone forestière ont été déclenchées pour éviter toute étincelle involontaire.
Le tabloïd Correio da Manhã avance que le chaos actuel dans la lutte contre les feux viendrait de la création de « sous-commandements régionaux » ayant remplacé les anciens « commandements de district » : trop d’intervenants, trop de lenteur dans la prise de décision, et des choix souvent mauvais.
« Le système actuel ne fonctionne pas », estime António Nunes, président de la Ligue des pompiers portugais. « C’est une aberration opérationnelle. Tout le monde le sait, mais personne n’a réussi à changer les choses. Et pourtant, la solution est simple : revenir aux commandements de district ».
Correio da Manhã rappelle que le gouvernement de Luís Montenegro a affiché son intention de rétablir ces commandements, mais n’a pas eu le courage de le faire à temps pour cet été. « Les conséquences sautent aux yeux », conclut le journal.
Source : LUSA / Euronews / SIC Notícias
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