Un enchaînement de tempêtes « rare » s’abat sur le pays

Les enchaînements de tempêtes comme celui qui touche actuellement le Portugal continental sont rares, mais pas exceptionnels, explique le climatologue Pedro Matos Soares. L’expert avertit toutefois que le changement climatique entraînera des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes, obligeant le pays à s’adapter.

Depuis le 22 janvier, le Portugal a été frappé par trois tempêtes successives – Ingrid, Joseph et Kristin – cette dernière ayant causé au moins dix morts et d’importants dégâts, notamment dans les districts de Leiria, Coimbra et Santarém. Une nouvelle dépression, baptisée Leonardo, est désormais attendue.

Dans un entretien accordé à Lusa, le physicien de l’atmosphère et professeur à l’Université de Lisbonne explique que ces « trains de dépressions » sont peu fréquents, mais font partie des caractéristiques climatiques du pays, situé dans une zone de transition entre les régimes subtropicaux et de moyennes latitudes.

Selon Pedro Matos Soares, la situation résulte du positionnement inhabituel de l’anticyclone des Açores plus au sud, combiné à des zones de haute pression au nord de l’Europe, créant un couloir favorable à la circulation des tempêtes depuis l’Atlantique Nord.

La tempête Kristin présentait en outre les caractéristiques d’un phénomène appelé sting jet, générant des vents et des précipitations très intenses. Bien que rare au Portugal, ce type de tempête a déjà été observé, notamment en 2009 et en 2018 lors du passage de l’ouragan Leslie.

L’expert souligne toutefois que les comparaisons historiques doivent être nuancées, les capacités actuelles d’observation étant bien supérieures à celles d’il y a plusieurs décennies.

S’il ne relie pas directement cet épisode au changement climatique, Pedro Matos Soares rappelle que les projections scientifiques indiquent une augmentation des extrêmes météorologiques : pluies plus intenses ou, à l’inverse, périodes de sécheresse plus marquées. « Le nombre de tempêtes ne devrait pas augmenter de manière significative, mais leur intensité sera plus forte », explique-t-il.

Il insiste sur la nécessité pour le Portugal de repenser l’aménagement du territoire, les infrastructures et les systèmes de protection civile. Cela passe par des normes de construction plus strictes, une meilleure résistance des réseaux essentiels et la création de bâtiments capables de servir d’abris climatiques.

Le chercheur critique également le système actuel d’alertes, estimant que les messages envoyés sans consignes claires laissent les populations livrées à elles-mêmes. Il plaide pour des plans locaux d’intervention rapide, des abris identifiés et une cartographie des risques climatiques à moyen et long terme.

« Nous avons besoin d’une société mieux préparée, fondée sur la connaissance, et pas seulement de messages d’alerte sans explication », conclut-il.

Source : Lusa

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