Image : Bruno Filipe Pires/Open Media
Malgré les engagements répétés, le Portugal continental continue de perdre des quantités d’eau considérables. Selon Eduardo Marques, président de l’AEPSA (Association des entreprises portugaises pour l’environnement), le pays gaspille chaque heure l’équivalent de 12 piscines olympiques, soit 180 millions de mètres cubes par an – assez pour alimenter le pays pendant trois mois.
Dans un entretien accordé à l’agence Lusa, Eduardo Marques tire la sonnette d’alarme : « Il s’agit de l’eau que je collecte, que je traite, que je pompe dans les réservoirs et que j’envoie aux foyers… Nous devons la récupérer. »
Des pertes structurelles et un tarif trop bas
Pour Marques, le problème tient en partie à des tarifs de l’eau trop faibles, largement inférieurs à ceux de l’électricité, du gaz ou même d’un abonnement Netflix. Cette sous-évaluation historique aurait contribué à un taux de perte de l’ordre de 27 % sur l’ensemble du réseau.
Les concessions privées – qui desservent 20 % de la population – affichent une efficacité nettement meilleure, avec un taux de perte avoisinant les 13 %. Si ce niveau de performance était atteint au niveau national, le pays économiserait 90 millions de mètres cubes d’eau par an, soit « l’équivalent d’un réservoir de la taille d’un terrain de football et haut de neuf kilomètres », illustre Marques.
L’une des causes majeures de ces pertes réside dans l’état dégradé des infrastructures. Pourtant, seuls un huitième des travaux nécessaires sont actuellement engagés. Marques déplore le manque de volonté politique : « Ce type d’investissement, parce qu’il concerne des canalisations souterraines invisibles, ne fait pas gagner de voix. Il est donc souvent repoussé. »
Des solutions coûteuses… ou inefficaces ?
À l’heure où les projections annoncent une baisse durable des précipitations au Portugal, la seule voie viable est celle de l’efficacité. Marques insiste : mieux gérer les réseaux permettrait d’éviter d’investir massivement dans des usines de dessalement ou de nouveaux barrages.
Ces infrastructures, souligne-t-il, sont coûteuses, énergivores et nuisibles à l’environnement, alors que la réduction des pertes en eau n’a aucune conséquence négative.
« Beaucoup pensent que cela implique de remplacer toutes les canalisations, mais une gestion rigoureuse permet déjà de réduire les pertes à court terme », explique-t-il.
Marques se montre également sceptique vis-à-vis du programme gouvernemental Água que Une (« L’eau qui nous unit »), estimant que l’efficacité passe davantage par une bonne gouvernance que par la réhabilitation systématique des canalisations. Quant à la réutilisation des eaux usées, il estime qu’elle n’est pas toujours viable.
Retour de l’ERSAR, hausse des tarifs en vue
Cette déclaration intervient alors que l’ERSAR, l’autorité de régulation des services de l’eau, vient d’être remise en charge de la fixation des tarifs. Une décision qui suscite l’opposition du PS et l’inquiétude de certaines municipalités.
Jusqu’à présent, les tarifs étaient subventionnés et bon nombre d’opérateurs publics fonctionnaient à perte. À partir de l’an prochain, après les élections locales, l’ERSAR fixera à nouveau les tarifs du secteur public, et pourra également émettre des recommandations pour le secteur privé.
Pour Marques, une hausse moyenne de 50 % des tarifs est indispensable, conformément aux recommandations du Plan stratégique pour la gestion de l’eau potable, des eaux usées et pluviales 2030 (PENSAARP2030). Il défend en parallèle l’instauration d’un tarif social pour les ménages les plus vulnérables.
Actuellement, précise-t-il, l’accès à une eau de qualité pour boire, se laver et couvrir les besoins quotidiens revient à environ 30 centimes d’euro par personne et par jour – soit le tiers du prix d’un café.
Les nouveaux tarifs fixés par l’ERSAR sont attendus pour l’année prochaine.
Source : LUSA
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