Le vigneron italien Filippo Pozzi produit des vins qui révèlent toute la singularité du terroir de la côte ouest algarvienne.
Le matin, la côte ouest de l’Algarve est baignée de soleil et de douceur. Mais l’après-midi venu, les brises fraîches et l’humidité bouleversent le décor. Ce microclimat unique, fait de contrastes, façonne le paysage : falaises sauvages, reliefs ondulés, champs de cistes, de lentisques et d’arbustes aromatiques à perte de vue. Ici et là, au milieu des petits hameaux aux maisons blanchies, apparaissent quelques parcelles de vignes anciennes. C’est dans ce décor que, depuis cinq ans, le vigneron italien Filippo Pozzi élabore ses vins Atlas Land.
Originaire du lac de Côme, dans le Piémont, cet Italien épris de liberté insuffle une nouvelle vie à des vignobles oubliés, nichés entre les collines escarpées d’Aljezur et les embruns de l’océan. Formé à l’Université de Bordeaux, il a affiné son savoir-faire dans des domaines prestigieux, à Pauillac (France) et en Californie, dans la Napa Valley, avant de poser ses valises au Portugal pour développer une philosophie de vinification à la fois classique et profondément personnelle.
« En cherchant des vignes proches de la mer, je suis tombé sur cet endroit un peu par hasard… et je ne suis jamais reparti. C’était fin 2019, juste avant le Covid », se souvient Filippo. Une rencontre fortuite a tout changé. « On m’a dit qu’un Suisse faisait du vin ici, il fallait absolument que je le rencontre. Je suis allé le voir pour prendre un verre. On a parlé de la vie pendant des heures, et à la fin, il m’a dit : “Ramène tes affaires et viens faire ton vin ici.” » Ce Suisse, c’est George, ingénieur mécanicien devenu vigneron, qui a construit son propre chai en pleine campagne.
Aujourd’hui, Filippo cultive ses raisins dans de petites parcelles disséminées autour d’Aljezur, appartenant à des agriculteurs locaux. Certaines bénéficient de la fraîcheur marine, d’autres de l’altitude des pentes de Monchique. « La plus jeune de mes vignes a 37 ans, la plus vieille avoisine les 100 ans. Ce sont toutes des plantations en complantation, avec des cépages portugais », précise-t-il. Côté blancs, il travaille le Boal, le Sercial et le Síria. Les rouges sont principalement issus de Castelão et de Bastardo. « Et puis il y a des trucs… que même ceux qui les ont plantés ne savent pas vraiment ce que c’est », ajoute-t-il en riant.
Avec ses petites parcelles, il produit moins de 10 000 bouteilles par an. « Je cultive environ 3,2 hectares, répartis sur six parcelles différentes. Certaines sont très vieilles : elles donnent des raisins d’une qualité exceptionnelle, mais en très faible quantité. Et je fais tout tout seul. » Ses vins sont une pure expression de la diversité des terroirs d’Aljezur. « Ils me ressemblent : très simples », plaisante Filippo. « On peut les appeler des vins naturels, parce qu’on n’ajoute rien. Mais en même temps, je suis très technique, avec une formation ultra-classique. »
Il réalise généralement deux mises en marché : « Une première sortie à l’été, puis une autre au printemps suivant, avec les vins qui ont passé au moins deux hivers, parfois trois en élevage. » Le climat changeant de la région imprime à ses vins une signature unique, différente chaque année — jusque sur les étiquettes, toutes peintes par sa sœur, artiste.

Ses deux cuvées d’entrée de gamme sont issues de la même parcelle, un blanc et un rouge. Le Zig Zag 2023 (20 €) — un clin d’œil à la démarche hésitante de celui qui a un peu trop bu — provient d’une vigne plantée en 1990, orientée plein nord, à 3 km de l’océan, sur des sols sableux. C’est un palhete, un vin rouge léger, presque rubis, avec une belle concentration et des notes fraîches de fraise. Il est issu d’un assemblage de raisins rouges et blancs : Boal, Sercial, Síria, Castelão et Bastardo. « C’est un vin qui incarne parfaitement Aljezur : il a du soleil, mais aussi de la fraîcheur. Facile, accessible, parfait pour l’été », résume Filippo.
Le Capovolto 2023 (20 €) — qui signifie « renversé » ou « à l’envers » en italien — est la version blanche du Zig Zag, mais avec une vinification différente et une vendange réalisée dix jours plus tard, fin septembre. « Pour moi, les blancs, c’est une question de texture », explique-t-il. Il obtient cette matière onctueuse et veloutée grâce à un élevage sur lies prolongé pendant deux ans, ce qui confère au vin une belle complexité. Partiellement élevé en fûts de 500 litres, le Capovolto est plus dense, plus concentré que le Zig Zag, avec une robe légèrement pêche et des arômes de fruits mûrs.
Même s’il travaille principalement des assemblages, Filippo élabore chaque année une cuvée parcellaire en pur Castelão, baptisée Outra Forma (27 €). Ce millésime, marqué par une année particulièrement brumeuse et humide, se distingue par une grande acidité et des notes de cerise acidulée. « C’est un cran au-dessus du palhete en termes de concentration, car la vigne est similaire mais le sol change beaucoup », détaille-t-il.
Enfin, son autre blanc, le Anjo (47 €), est un hommage à son grand-père. Ce vin dense, riche, aux arômes de miel, est sa fierté : « Il vient de ma vieille parcelle, minuscule — 3 000 m² seulement. Je n’en ai produit que 800 bouteilles, et seulement sur deux millésimes en cinq ans. Il a été élevé pendant deux ans en fûts de 500 litres. C’est vraiment un vin à part. »
« Ce sont les vins que j’aime boire aujourd’hui », avoue-t-il en parlant de ses blancs plus suaves et texturés. « Avant, j’étais plus habitué aux vins très acides, mais aujourd’hui, c’est ça qui me plaît. » Des vins dans lesquels on goûte littéralement le soleil d’Aljezur.


