Longtemps marginal dans les urnes, le Parti républicain portugais a pourtant réussi à renverser la monarchie et à imposer la République en 1910. Retour sur les facteurs politiques, sociaux et symboliques qui ont permis cette bascule rapide de l’opinion.
Entre 1878 et 1906, le Portugal organise 18 élections législatives. Malgré ce rythme électoral soutenu, le Parti républicain portugais (PRP) n’obtient jamais plus de quatre sièges sur un Parlement comptant entre 137 et 155 députés. Le droit de vote étant alors limité aux contribuables alphabétisés, une grande partie de la classe ouvrière, privée d’expression politique, rejoint des organisations clandestines comme la Carbonária.
Une question demeure : comment la République a-t-elle pu s’imposer si rapidement après la chute de la monarchie en 1910 alors que les républicains restaient minoritaires dans les urnes ?
Fondé en 1883 et inspiré des idéaux jacobins de la Révolution française — liberté, égalité, fraternité — le PRP s’inscrit dans une tradition républicaine latente au Portugal depuis les années 1820. Pour ses partisans, la monarchie incarne un système immuable et oppressif qu’il convient d’abattre.
Le premier député républicain est élu en 1879. Mais la concurrence du Parti socialiste limite son influence, qui plafonne à quatre sièges en 1890. Deux événements vont toutefois transformer la donne.
Le premier est l’ultimatum britannique de janvier 1890, contraignant le Portugal à abandonner ses ambitions territoriales entre l’Angola et le Mozambique. Vécue comme une humiliation nationale, cette crise détourne une large partie de l’opinion vers la solution républicaine. En 1891, une première tentative d’insurrection éclate à Porto, rapidement réprimée, affaiblissant temporairement le mouvement.
Le second tournant intervient en 1903, lorsque Bernardino Machado, figure politique populaire, quitte les rangs monarchistes pour rejoindre le PRP et réorganiser le parti à l’échelle nationale. Après le régicide de 1908, les républicains progressent : sept sièges puis quatorze en 1910, tout en restant minoritaires. À Lisbonne toutefois, ils obtiennent 62 % des voix.
L’anticléricalisme devient un moteur central du mouvement. Les républicains dénoncent l’alliance entre l’Église catholique et l’État et réclament la séparation des pouvoirs religieux et politiques, un état civil laïque et la fin du rôle institutionnel du clergé.
La monarchie s’affaiblit encore lorsque le roi accepte en 1907 un gouvernement autoritaire dirigé par João Franco. Le 1er février 1908, le roi Carlos Ier et le prince héritier sont assassinés par des membres de la Carbonária. Le règne de Manuel II, qui lui succède, ne dure que 32 mois.
Le 5 octobre 1910, une insurrection républicaine éclate. La faible réaction des forces loyales au régime précipite la chute de la monarchie et l’instauration de la République.
Les premières réformes sont rapides : séparation de l’Église et de l’État, création de l’état civil, abolition des lois sur le blasphème, légalisation du divorce et amélioration du statut des enfants nés hors mariage. Le nouveau drapeau adopte les couleurs rouge et verte du mouvement républicain.
Dans les rues, les partisans célèbrent l’avènement d’un régime qu’ils espèrent fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité.
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