La grenade est un fruit chargé de sens et d’histoire. Depuis des millénaires, des cultures et religions du monde entier lui attribuent des symboles essentiels liés à la vie, à la fertilité ou encore à la spiritualité.
Dans la Grèce antique, elle représentait la vitalité, la fécondité et la sacralité. Elle était aussi connue comme le « fruit des morts » dans le mythe d’Hadès et de Perséphone. En séduisant Perséphone, fille de Zeus et Déméter, Hadès la convainquit de manger quelques graines, la condamnant à partager sa vie dans les Enfers. Zeus finit par négocier un compromis : Perséphone passerait chaque année un nombre de mois égal au nombre de graines avalées auprès d’Hadès. La tristesse de Déméter, déesse de l’agriculture, expliquerait ainsi l’hiver, période où la terre devient froide et stérile.
Dans la tradition hébraïque, la grenade fait partie des sept espèces mentionnées par Moïse pour symboliser la fidélité divine, célébrées encore aujourd’hui lors de la Pâque juive. Dans l’islam, on dit qu’elle pousse au Jardin du Paradis. Et certaines interprétations chrétiennes voient dans ses nombreuses graines l’image de la communauté des croyants.
En 1821, à Puebla, au Mexique, les religieuses augustiniennes créèrent un plat devenu emblématique de l’indépendance : les chiles en nogada. Ces piments poblano farcis, nappés d’une sauce aux noix, sont décorés de graines de grenade censées représenter le sang des patriotes. Voilà bien un fruit à l’histoire haute en couleurs.
L’origine de la grenade se situe dans une vaste région couvrant l’actuel Iran et le nord de l’Inde. De là, elle a voyagé le long des routes commerciales, finissant par conquérir cuisines et traditions à travers le monde.
Botaniquement nommée Punica granatum, la grenade appartient à la famille des Lythracées. Son nom évoque une « pomme à graines » : chaque fruit — de 6 à 13 centimètres de diamètre — contient entre 200 et 1 400 arilles. Sous son épaisse coque coriace se cachent des membranes spongieuses renfermant des graines juteuses, translucides et légèrement acidulées, au goût entre rhubarbe, cranberry et raisin. Leur teinte varie du rose au rouge profond selon les variétés… et leur jus tache tout ce qu’il touche.
Sur le plan nutritionnel, la grenade a tout d’un super-fruit : riche en vitamine K, vitamine C, fibres et folate, elle contribue à l’immunité, au bon fonctionnement du système digestif et à la production de globules rouges. Sa forte teneur en antioxydants en fait aussi un allié contre l’inflammation et le vieillissement cellulaire.
Les graines se dégustent telles quelles ou se parsèment sur salades, ragoûts, yaourts et desserts. Leur jus peut être réduit en sirop — sucré et fluide — ou en mélasse, plus épaisse et sans sucre ajouté. Dans le Caucase, au Moyen-Orient et en Turquie, ces préparations sont omniprésentes. En Géorgie, on en parsème le lobio, un ragoût de haricots. En Turquie, la grenade est essentielle à la muhammara, sauce de poivrons, noix et mélasse. En Iran, elle sublime le célèbre khoresh fesenjan, où poulet ou canard mijotent dans une sauce à la grenade et aux noix. En Azerbaïdjan, le narnumru fait la part belle aux graines sautées sur lesquelles on cuit les œufs : un paradis grenadier, dans un pays qui surnomme justement le fruit « roi des fruits ».
Symbole de vitalité, la grenade sert aussi d’hydratation nutritive dans de nombreuses cultures. Au Portugal, l’arrivée de l’automne se reconnaît au retour des presses à grenade dans les supermarchés. Et avouons-le : nous avons bien de la chance.
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