Un incontournable madrilène devient lisboète

À Lisbonne, il y a des adresses qui ouvrent sans vraiment faire de bruit… et puis il y a celles dont on sent immédiatement qu’elles vont devenir des lieux de vie. Le restaurant Fismuler fait clairement partie de cette deuxième catégorie.

Installé dans l’hôtel ME Lisbon by Meliá, ce restaurant venu d’Espagne, apparemment « le plus cool de Madrid », apporte une énergie simple et sincère, qui donne envie de s’attarder. Ici, pas de mise en scène compliquée : tout tourne autour du produit, du goût et du plaisir de manger ensemble.

La cuisine va à l’essentiel et les ingrédients sont frais, bien choisis et travaillés sans artifice : les légumes ont du caractère, la cuisson des poissons est précise, et même les plats les plus simples surprennent par leur intensité. La carte change en fonction des saisons, ce qui rend chaque visite un peu différente, bien que certains plats soient déjà devenus incontournables.

L’ambiance joue un rôle important, car on ne vient pas seulement manger, mais passer un bon moment. La salle est vivante, la cuisine est ouverte, et tout est pensé pour créer du lien. Même si la décoration reste sobre (matériaux bruts et lumière douce), elle renforce la sensation de confort sans prétention. Le service suit cette même logique, attentif mais détendu, présent sans être envahissant. On se sent rapidement à l’aise, et le principe même du Fismuler repose sur des plats pensés pour être partagés, ce qui ajoute une dimension conviviale et spontanée au repas, « sans chichis ».

Derrière Fismuler, il y a une histoire familiale solide, celle de la famille La Ancha, dans la restauration depuis plus de cent ans. Si cette expérience se ressent dans chaque détail, elle n’est jamais pesante, au contraire, tout semble fluide, naturel, évident. C’est peut-être simplement une question d’habitude, de savoir-faire gastronomique au service d’un client comblé.

La carte donne franchement envie de tout goûter, avec une succession de plats qui jouent sur les contrastes et les textures sans jamais perdre en lisibilité. On peut commencer tout en douceur avec un cœur de laitue accompagné de comté affiné 24 mois, ou quelque chose de plus audacieux comme la bocata de orelha brava, un petit sandwich d’oreille de porc déjà considéré comme une icône Fismuler.

Les entrées naviguent entre fraîcheur et caractère, avec par exemple une saint-jacques du Pacifique relevée par une émulsion de piparra, ou encore un pain chinois garni d’un tartare de tourteau. Les légumes ne sont jamais là pour faire figuration : la salada de tomate extra doce, burrata, bimis frit à la sauce mole verde, et la tarte tatin de poireaux à la mortadelle truffée montrent à quel point ils peuvent être au centre de l’assiette.

Viennent ensuite les plats princnipaux qui gagnent en profondeur : des lentilles glacées avec de la pancetta et des gambas, une tortilla de bacalhau à couper le souffle ou des associations plus inattendues comme des carottes braisées au kalamansi. Côté mer, on retrouve des assiettes précises mais pleines de relief, comme la daurada semi-cuite aux amandes et raisin, ou un riz malandro à la seiche particulièrement généreux.

Quant aux viandes, elles ne laissent pas en reste, avec une joue de bœuf fondante ou un magret de canard à la cuisson parfaitement maîtrisée, sans oublier les incontournables de la maison comme le steak tartare ou l’escalope san román à l’œuf et à la truffe, qui viennent conclure ce parcours gourmand sur une note généreuse et assumée.

Côté desserts, on reste dans cette même idée de générosité maîtrisée et de plaisir sans chichi. Les propositions jouent sur des textures et des associations simples mais efficaces, avec des compositions à la fois classiques et surprenantes. On pourra notamment déguster la version Fismuler de la tarte au fromage, une crème renversée fumée à l’ananas des Açores, une mousse au gianduja ou encore des nèfles grillées accompagnées d’une glace au requeijão.

Et puis il y a ces fameux « jantares improvisados » ou dîners improvisés, qui ajoutent une dimension encore plus vivante à l’expérience. L’idée est simple mais assez rare : tout se construit le jour même, au rythme du marché et des envies des chefs. Certains invités peuvent même participer aux courses, découvrir les produits, suivre les premières idées qui prennent forme, puis voir le menu se dessiner petit à petit.

Le soir, on passe à table avec quelque chose d’unique, imaginé quelques heures plus tôt, dans une ambiance très proche de la cuisine. On assiste presque aux coulisses, entre les derniers ajustements, le briefing de l’équipe et cette excitation juste avant le service. Le résultat, c’est un dîner différent à chaque fois, très spontané, où l’on sent vraiment le lien entre le produit, la création et le moment partagé ; cette expérience immersive est proposée réservation pour 150 € par personne.

Bref, dans une ville où les nouvelles adresses se multiplient, le Fismuler trouve facilement sa place. On y vient pour la cuisine, mais on y revient surtout pour l’ambiance car c’est un lieu où tout paraît simple, mais où rien n’est laissé au hasard.

Johanna Trevoizan

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