Quand l’intérêt national prime sur les avis environnementaux

Le gouvernement portugais souhaite se donner la possibilité d’autoriser certains projets d’énergies renouvelables même lorsqu’ils reçoivent un avis défavorable des organismes environnementaux compétents. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la directive européenne RED III, qui fixe aux États membres des objectifs ambitieux de développement des énergies renouvelables afin d’accélérer la transition énergétique.

Selon la ministre de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, le gouvernement continuera à consulter les autorités compétentes et à respecter les procédures environnementales habituelles.

Cependant, dans certains cas exceptionnels, un projet pourrait être considéré comme étant d’« intérêt national supérieur ». Dans cette situation, le gouvernement pourrait décider d’autoriser le projet malgré un avis négatif des organismes techniques chargés de l’évaluation environnementale. La ministre affirme que cette possibilité ne serait utilisée que dans des cas dûment justifiés.

Le débat concerne notamment plusieurs grands projets de centrales solaires prévus dans la région de Beira Baixa.

Ces projets ont suscité une forte opposition de la part de certains habitants et associations locales. L’Agence portugaise de l’environnement (APA) a déjà rejeté plusieurs propositions, estimant qu’elles pourraient avoir des impacts environnementaux importants.

Jusqu’à présent, les promoteurs de ces projets devaient modifier leurs dossiers afin de répondre aux objections soulevées par les autorités environnementales. Avec la nouvelle approche envisagée, le gouvernement pourrait disposer d’un moyen supplémentaire pour faire avancer certains projets jugés stratégiques.

Cette annonce a provoqué de nombreuses réactions de la part d’associations environnementales et de groupes citoyens. Les opposants craignent que la notion d’« intérêt national supérieur » soit utilisée pour contourner les avis des experts et faciliter la réalisation de projets ayant un impact important sur les paysages, la biodiversité ou les activités agricoles.

Ils estiment également que la transition énergétique ne devrait pas se faire au détriment de la protection de l’environnement.

Plusieurs mouvements citoyens, déjà mobilisés contre certains projets miniers ou énergétiques, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une priorité donnée aux objectifs européens de production d’énergie plutôt qu’à la préservation du patrimoine naturel portugais.

Si la transposition de la directive européenne RED III a déjà été approuvée par le gouvernement en mars dernier, cependant, le texte doit encore être promulgué par le président de la République, António José Seguro, avant d’entrer définitivement en vigueur.

Natasha Donn

Image : Ministério do Ambiente e Energia

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