La contestation enfle contre le gigantesque parc solaire prévu sur plusieurs communes du district de Castelo Branco.
À la veille de la clôture de la consultation publique, ONG, écologistes, juristes et collectifs citoyens tentent d’alerter sur ce qu’ils considèrent comme les conséquences catastrophiques d’un projet qui prévoit l’installation de 1 365 588 panneaux photovoltaïques sur des paysages riches en biodiversité.
« Le projet expulse les bois, les forêts et toute la vie qu’elles abritent, au nom du soleil », dénonce l’avocat spécialisé en droit environnemental Rui Amores. Selon lui, Sophia — nom donné au parc — relève de « l’écocide ». Il interroge : « Détruire tout ce qui est vert, est-ce vraiment ainsi que nous allons sauver la planète ? »
L’« investissement » de 590 millions d’euros entraînerait l’abattage de milliers de chênes-lièges et chênes verts protégés, la disparition d’une flore méditerranéenne unique et la destruction d’habitats d’espèces déjà menacées, parmi lesquelles la cigogne noire, le vautour moine ou encore l’aigle impérial ibérique. Le projet inclut en outre la pose de kilomètres de lignes à très haute tension, traversant vallées et montagnes, créant des servitudes où aucune végétation haute ne pourra plus pousser.
Parmi les 10 190 contributions déjà déposées figure celle de Rewilding Portugal, qui juge que Sophia « ne répond pas aux critères minimaux de durabilité territoriale, écologique et sociale ». L’association estime que le modèle proposé « artificialise le territoire » et contredit les principes de conservation, de restauration écologique et de cohésion.
Implanté sur Fundão, Idanha-a-Nova et Penamacor, le parc Sophia affecterait aussi les communautés locales qui misent depuis des années sur la régénération écologique et le tourisme de nature. Des ONG comme Quercus affirment fonder leur opposition sur une analyse détaillée de l’étude d’impact environnemental et des risques écologiques, sociaux et territoriaux.
Rewilding Portugal dénonce également un manque de transparence : « Le flou qui entoure l’origine et les intentions des investisseurs soulève des doutes légitimes quant au cadre stratégique et environnemental. » L’association réclame le rejet total du projet et des lignes à très haute tension qui l’accompagnent, soulignant qu’il ne s’agit pas de refuser l’énergie solaire, mais d’exiger « une planification responsable, transparente et juste d’un point de vue écologique ».
Ce discours rejoint celui d’Aware Algarve, qui appelle les citoyens à exercer leur droit de regard sur les grands projets énergétiques. Le groupe vient d’ailleurs de publier un nouveau texte sur ce qu’il décrit comme « la charge invisible qui pulse au cœur du boom vert ».
Selon lui, si la transition énergétique semble étincelante en surface — champs solaires, éoliennes, data centers —, elle masque une pression croissante que le réseau électrique peine à absorber. Conçu pour un flux stable et local, le système doit désormais gérer des apports intermittents, transporter l’énergie sur de longues distances et alimenter des consommateurs industriels toujours actifs. Le résultat : des réseaux fragilisés, des sols abîmés, des bassins versants sollicités pour refroidir les installations, et des territoires ruraux marqués par les cicatrices du développement énergétique.
Le Portugal multiplie les points de rupture : le parc solaire Sophia, les éoliennes de la Serra do Caldeirão et le gigantesque data center de Microsoft prévu à Sines (8,6 milliards d’euros) participent tous à ce même « poids invisible », imposant de nouvelles infrastructures alors que le réseau peine déjà à suivre.
Ces projets sont examinés séparément, déplore Aware Algarve, alors qu’ensemble ils reconfigurent la carte énergétique du pays et transforment des régions entières en couloirs d’infrastructures lourdes. Et ce que personne ne compte vraiment, selon l’association, c’est le coût des raccordements : postes électriques, lignes à haute tension, réseaux de distribution.
Le collectif rappelle qu’un équivalent médical de la « prise de tension » existe pour les réseaux : l’étude d’impact réseau (Grid Impact Assessment). Si le Royaume-Uni ou la France utilisent de tels diagnostics avant de valider un raccordement, le Portugal, bien que disposant d’études techniques réalisées par REN et E-REDES, ne rend pas leurs résultats accessibles au public. Une opacité contraire, selon Aware Algarve, à la convention d’Aarhus, qui garantit l’accès à l’information environnementale.
Les « symptômes » sont déjà visibles : pistes d’accès qui s’effondrent sous la pluie, rivières dont les berges dénudées débordent plus facilement, communes vieillissantes surchargées par des projets industriels décidés sans elles. L’argent public se déverse dans la réparation plutôt que dans la prévention.
« Une véritable stratégie verte commencerait par restaurer avant d’étendre », plaide le groupe. Renforcer forêts, sols, bassins versants et réseaux locaux, pour que le flux d’énergie puisse circuler sans détruire le territoire. Chaque euro consacré à réparer des dégâts évitables, écrit-il, « est un battement de cœur arraché à l’avenir ».
Voilà pourquoi la consultation sur le parc solaire Sophia est cruciale. « Il ne s’agit pas seulement d’un projet dans un district. C’est un test : les citoyens peuvent-ils encore intervenir quand le territoire est remodelé sans clarté, sans responsabilité et sans supervision publique ? »
La consultation se clôt demain, 20 novembre. Elle reste accessible sur la plateforme Participa.
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