Des années après son audition houleuse devant une commission parlementaire — durant laquelle il affirmait ne rien posséder ni devoir quoi que ce soit — Joe Berardo, autrefois l’un des hommes les plus riches du Portugal, a été formellement inculpé pour escroquerie aggravée.
Selon le ministère public, le collectionneur d’art et homme d’affaires est accusé, aux côtés de trois autres personnes — dont deux avocats — et d’une entité juridique, l’Association de la Collection Berardo, d’avoir « simulé une action civile » dans le but d’empêcher trois banques portugaises de récupérer près d’un milliard d’euros de prêts.
Dans un communiqué publié par le Département central d’investigation et d’action pénale (DCIAP), le parquet explique que cette fausse procédure judiciaire, lancée en 2013, visait à faire croire à un litige afin de protéger les actifs de l’association — notamment des œuvres d’art estimées à plusieurs centaines de millions d’euros — des créanciers.
L’affaire trouve ses origines dans des accords signés entre 2008 et 2012, impliquant la Caixa Geral de Depósitos (CGD), l’ex-Banco Espírito Santo (BES) — aujourd’hui Novo Banco — et le Banco Comercial Português (BCP), dans le cadre de financements octroyés au groupe Berardo.
Le parquet précise que cette action simulée a permis aux prévenus d’adopter des résolutions lors d’assemblées générales de l’Association Berardo, nuisant aux intérêts financiers des banques et contournant les engagements contractuels établis entre 2008 et 2010.
Dans la procédure principale, connue sous le nom d’affaire CGD, Joe Berardo avait déjà été arrêté en juin 2021. Le juge Carlos Alexandre lui avait alors imposé une des plus importantes cautions jamais exigées au Portugal : 5 millions d’euros. L’avocat André Luiz Gomes, également mis en cause, avait dû verser 1 million d’euros.
L’affaire implique au total 11 prévenus et porte sur des soupçons d’escroquerie aggravée, blanchiment d’argent, fraude fiscale aggravée, abus de confiance aggravé et détournement de fonds. Joe Berardo est visé par huit chefs d’accusation d’escroquerie aggravée, ainsi que d’autres délits financiers.
Son co-accusé, l’avocat André Luiz Gomes, est poursuivi pour les mêmes infractions, ainsi que pour faux documentaire, fraude informatique et quatre chefs supplémentaires de fraude fiscale aggravée, dans le cadre de ses activités professionnelles.
L’enquête, qui a débuté en 2016, a mis au jour un système de financement frauduleux mis en place entre 2006 et 2009. Le groupe Berardo aurait contracté quatre opérations de crédit auprès de la CGD pour un montant total de 439 millions d’euros, causant un préjudice global estimé à près d’un milliard d’euros aux trois banques.
La police judiciaire (PJ) a mené une cinquantaine de perquisitions dans le cadre de cette opération, dont certaines dans des établissements bancaires. Elle accuse le groupe d’avoir utilisé des mécanismes de renégociation et de restructuration de dettes afin de repousser les échéances de remboursement.
Malgré l’ampleur du scandale, il aura fallu quatre ans entre l’arrestation de Joe Berardo et son inculpation formelle. Et le procès n’est pas pour demain, alors que l’homme d’affaires est aujourd’hui âgé de 82 ans.
Source : Lusa
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