
À peine ouvert, l’hôpital flambant neuf de Sintra, fruit d’un investissement municipal de plus de 68 millions d’euros, suscite déjà la controverse. Cette fois, ce sont 19 médecins urgentistes de l’un des plus grands hôpitaux de la région de Lisbonne, Amadora-Sintra, qui brandissent la menace d’un départ collectif face à une surcharge de travail jugée intenable.
Dans une lettre ouverte adressée à la direction de l’ULS Amadora-Sintra, les praticiens alertent : le service des urgences « court un risque de rupture ». En ligne de mire, l’ouverture récente de l’Hôpital de Sintra – un projet porté et financé par la municipalité socialiste – qui siphonne selon eux les effectifs du site d’Amadora-Sintra, sans renforts proportionnels.
Résultat : des délais d’attente en forte hausse à Amadora-Sintra, un comble alors que le nouvel hôpital devait justement contribuer à désengorger le système.
Il y a quelques jours à peine, les médias saluaient l’arrivée du nouvel établissement, vantant l’absence de files d’attente et la satisfaction des premiers patients accueillis. Aujourd’hui, c’est la face cachée du dispositif qui fait surface.
Pour Luís Campos Pinheiro, représentant de l’Ordre des médecins pour la région Sud, « ce cri d’alerte des médecins ne peut être ignoré. La direction doit dialoguer avec les praticiens, les écouter, et surtout, s’en remettre à leur expertise ». Il précise au Correio da Manhã que les médecins dénoncent des modifications de planning de dernière minute, les affectant d’Amadora-Sintra à l’hôpital de Sintra sans préavis. Une pratique jugée inacceptable par l’Ordre.
Face à cette levée de boucliers, la direction assure qu’elle va entamer des entretiens individuels avec les médecins afin de trouver des solutions durables.
Dans un communiqué, le conseil d’administration de l’ULS Amadora-Sintra affirme mettre en œuvre plusieurs mesures destinées à améliorer le fonctionnement des urgences, notamment la réorientation des cas non urgents et des pathologies mineures vers l’hôpital de Sintra.
Parmi les initiatives annoncées :
– la nomination d’un nouveau coordinateur pour gérer les urgences conjointes des deux hôpitaux ;
– et la création d’un « Centre de responsabilité » dédié aux urgences, censé introduire une nouvelle dynamique organisationnelle, avec des avantages en termes de gestion, de rémunération, et de reconnaissance basée sur la productivité et la qualité des soins.
La direction reconnaît néanmoins que ces changements peuvent « inévitablement heurter certains intérêts établis », ce qui expliquerait la résistance actuelle.
Le ton est donné : l’été s’annonce une nouvelle fois tendu pour le Service national de santé (SNS), et la pression monte sur la ministre de la Santé, Ana Paula Martins. Bien qu’elle ait réaffirmé à plusieurs reprises qu’elle ne démissionnerait pas, les critiques s’accumulent. Le Correio da Manhã accompagne même son article d’un de ses célèbres « pouces baissés » à côté de la photo de la ministre, estimant que cette affaire s’ajoute à une longue liste de dysfonctionnements.
Ironie du sort, cette crise éclate autour d’un projet pensé pour améliorer l’accès aux soins, financé localement et salué à ses débuts comme un pas en avant pour la santé publique.
Sources : Correio da Manhã / Lusa
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