Image : SPEA
CARE Algarve appelle à la mobilisation de tous ceux qui aiment la région
Un collectif d’habitants soucieux de l’environnement — portugais et étrangers — vivant en Algarve a lancé un signal d’alarme ce week-end sous l’acronyme CARE (Committee for Awareness of Responsible Energy). Leur objectif : mettre en lumière une série de projets dits « verts » qui, une fois regroupés, menacent la stabilité écologique et la durabilité à long terme de la région.
Dans un communiqué détaillé et appuyé sur de nombreuses sources, CARE trace la cartographie de ces projets d’infrastructures énergétiques soutenus par des milliards d’euros de financements publics, mais aussi par des recours en justice, des protestations croissantes et des appels urgents à la transparence.
En d’autres termes, il est encore temps de protéger l’Algarve, mais cela requiert un sursaut citoyen massif. CARE appelle donc à une mobilisation immédiate avant qu’il ne soit trop tard.
Un parc éolien rejeté… mais pas enterré
En juin 2025, l’APA (Agence portugaise de l’environnement) a rendu un avis défavorable sur un projet de parc éolien de 12 turbines dans la Serra do Caldeirão, dans l’est de l’Algarve.
Officiellement, le projet a été bloqué pour absence de raccordement au réseau et interférences avec le radar météorologique de l’IPMA. Mais pour les défenseurs de l’environnement, ce refus symbolise une rare résistance à l’industrialisation énergétique des dernières zones sauvages du pays.
Le projet, piloté par Madoqua Renewables, menaçait de fragmenter un corridor écologique essentiel, chevauchant des zones protégées, des routes migratoires sensibles et des communautés rurales déjà fragilisées.
Mais, selon CARE, le danger n’a pas disparu. L’infrastructure de réseau avait déjà commencé à être planifiée avant même le rejet officiel. L’APA confirme que Madoqua a proposé trois itinéraires de lignes électriques traversant Tavira, Estoi et Tunes — toutes des zones écologiquement vulnérables.
« Ce projet n’avait pas besoin d’aboutir : il suffisait qu’il justifie le réseau », résume CARE.
« N’importe quel acteur peut désormais reprendre le flambeau. »
Finerge en embuscade
Et cet acteur pourrait bien être Finerge, le deuxième opérateur éolien du pays, détenu par le britannique Igneo Infrastructure Partners.
Déjà actif à Almodôvar, São Brás de Alportel et Tavira, Finerge semble adopter une stratégie d’expansion discrète, en implantant des turbines à proximité d’infrastructures existantes ou projetées, évitant ainsi les études d’impact environnemental complètes.
« Une fois l’accès au réseau garanti, la Serra devient l’étape suivante logique — turbine par turbine. »
L’Anneau de la mort : une voie migratoire brisée
La Serra do Caldeirão constitue une route migratoire majeure reliant l’Europe à l’Afrique. Aigles, vautours et martinets y exploitent les courants thermiques. Mais la prolifération des turbines — de Monchique à Alcoutim et Mértola — forme ce que les écologistes appellent désormais « l’Anneau de la mort », en train de se refermer.
Selon la SPEA (Société portugaise pour l’étude des oiseaux), l’Algarve fait face à une vague massive de projets d’énergies renouvelables dans des zones écologiquement irremplaçables.
Les projets en cours, tels que le Solara4 hybrid et plusieurs parcs éoliens à Pereiro, Viçoso et São Marcos, pourraient implanter plus de 110 turbines sur 500 km², en plein cœur de zones Natura 2000.
« La transition énergétique ne peut pas se faire au détriment de la biodiversité », alerte Rita Ferreira, technicienne principale à la SPEA.
Les rapaces menacés, notamment l’aigle de Bonelli et l’aigle impérial ibérique, sont gravement exposés aux collisions avec les pales ou à l’électrocution via les lignes haute tension. Les évaluations environnementales actuelles négligent les effets cumulatifs et ne proposent aucune alternative crédible, dénonce CARE.
Argent public, profit privé – encore et toujours
La transition énergétique portugaise est alimentée par des investissements publics massifs, mais les bénéfices restent concentrés, alerte CARE. 1,1 milliard d’euros issus du PRR (Plan de relance et de résilience) vont à la production d’hydrogène et aux pôles « verts » ; Plus de 2,5 milliards d’euros pour moderniser le réseau électrique, cofinancés par REN, la Banque européenne d’investissement et des fonds nationaux ; En juillet 2025, le gouvernement a annoncé 400 millions d’euros supplémentaires pour le stockage d’énergie et la résilience du réseau, en réponse à la panne nationale d’avril.
Mais ces financements servent surtout les mêmes corridors utilisés pour accélérer les grands projets éoliens et solaires, dans des zones fragiles. La capacité de batteries passera de 13 MW à 750 MW, mais les garanties environnementales et le contrôle démocratique sont toujours absents, regrette CARE.
« On utilise l’argent public pour préparer le terrain au profit privé, pendant que les écosystèmes et les communautés locales paient le prix fort. »
L’usine de dessalement d’Albufeira : une ligne rouge juridique
En juillet 2025, SEACLIFF – Compra e Venda de Imóveis, S.A. a intenté une action en justice contre le processus de consultation de l’APA sur le projet d’usine de dessalement au large d’une des plages emblématiques d’Albufeira.
Le projet, présenté par Águas do Algarve comme une mesure de résilience climatique, est critiqué pour avoir ignoré des alternatives moins invasives, comme la réutilisation des eaux, l’optimisation des barrages ou la restauration des bassins versants.
« Encore une fois, des décisions irréversibles sont prises sans la participation du public », dénonce CARE.
Deux consultations majeures : une chance à saisir
CARE rappelle qu’en juillet 2025, deux grandes consultations publiques nationales sont ouvertes :
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ENCNB 2030 – Stratégie nationale pour la biodiversité : ouverte jusqu’au 9 octobre 2025 ;
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Consultation sur l’usine de dessalement de l’Algarve : actuellement suspendue par décision judiciaire.
Que ce soit dans l’arrière-pays ou sur le littoral, parc éolien ou dessalement, le message de CARE est clair :
« Les solutions climatiques ne doivent pas détruire les écosystèmes dont dépend la résilience.
Le Portugal risque de sacrifier sa stabilité écologique à long terme pour des illusions de progrès à court terme. »
« Engagez-vous. Faites entendre votre voix. Exigez de vraies protections. Car si les derniers corridors naturels tombent sous les turbines, les pipelines ou le silence… il n’y aura pas de retour en arrière. »
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