Le gouvernement engage la première phase de sa « réforme de l’État »

Suppression d’agences, fusions d’organismes, simplification des processus : la restructuration suscite déjà la controverse dans les milieux académiques.

Le gouvernement portugais, dirigé par l’Alliance Démocratique (AD), a annoncé jeudi les premières mesures concrètes de sa stratégie de réforme de l’État, à l’issue du Conseil des ministres.

Lors d’une conférence de presse, Gonçalo Matias, ministre en charge de la réforme de l’État, et Fernando Alexandre, ministre de l’Éducation, des Sciences et de la Technologie, ont détaillé un plan d’envergure qui devrait entrer pleinement en vigueur d’ici la mi-2026.

Selon Gonçalo Matias, l’objectif est de rendre l’État « plus efficace et plus efficient », notamment grâce à la réorganisation des ministères, à la simplification des procédures administratives et à l’intégration des technologies avancées, y compris l’intelligence artificielle.

La FCT dans le viseur de la réforme

Parmi les mesures les plus notables figure la restructuration de l’Agence pour la Modernisation Administrative – créée sous le gouvernement socialiste précédent – qui sera remplacée par une nouvelle entité baptisée ARTE (Agence pour la Réforme Technologique).

Le ministère de Fernando Alexandre verra ses 18 entités actuelles ramenées à 7, et le nombre de chefs de département réduit de 45 à 27. Une des principales victimes de cette restructuration est la Fondation pour la Science et la Technologie (FCT), qualifiée par le ministre d’« structure anachronique », jugée inadaptée aux enjeux actuels.

Vives inquiétudes dans le monde académique

La réaction ne s’est pas fait attendre. L’Association académique de l’Université de Lisbonne (AAUL) a exprimé sa « profonde inquiétude » face à ce qu’elle décrit comme « une reconfiguration précipitée » de l’architecture institutionnelle de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Selon l’AAUL, cette mesure menace la continuité des projets scientifiques en cours, l’attribution des bourses et la crédibilité du système scientifique national. La suppression d’autres entités comme la DGES (Direction générale de l’enseignement supérieur) est également jugée préoccupante, mettant en péril la confiance des étudiants dans le système éducatif.

L’Association des Boursiers dénonce pour sa part une mesure non annoncée dans le programme électoral de la coalition, et fustige une communication « trompeuse et malhonnête ».

Vers une désinstitutionnalisation ?

Pour Francisco Gonçalves, secrétaire général de la FENPROF (fédération nationale des enseignants), il ne s’agit ni d’une réforme ni d’une réorganisation, mais bien d’un « démantèlement ». Il s’est dit choqué par l’ampleur des coupes, estimant que « toutes les directions générales sont pratiquement vouées à disparaître ».

Des voix culturelles s’élèvent également : le professeur et poète António Carlos Cortez a déclaré à SIC Notícias que la disparition de la FCT serait une erreur majeure « dans un pays où l’on lit peu ». Une numérisation à outrance mènerait à une société sans mémoire, sans recherche, sans livres, a-t-il averti.

De nouvelles réactions sont attendues dans les prochains jours, alors que la réforme semble marquer un tournant majeur dans l’organisation de l’administration publique portugaise.

Sources : Correio da Manhã / SIC Notícias

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