Une étude souligne le rôle des médias, des réseaux sociaux et des partis politiques dans le sentiment d’insécurité
Sur les 25 dernières années, la criminalité au Portugal a diminué de 1,3 %. Pourtant, la perception publique d’un pays plus dangereux qu’avant ne cesse de croître. En cause : une augmentation de 130 % de la couverture médiatique des faits divers, alimentée à la fois par les médias traditionnels, les réseaux sociaux et certains discours politiques opportunistes.
C’est la principale conclusion d’une étude menée par l’Observatoire pour la Sécurité et la Défense (SEDES), qui a analysé, à l’aide de l’intelligence artificielle, les unes des cinq plus grands journaux portugais, de l’an 2000 à 2024.
Selon SEDES, non seulement le nombre de références à des faits criminels a augmenté, mais leur présence dans l’actualité s’est prolongée, avec un traitement souvent sensationnaliste. L’étude note également la manière dont certains cas judiciaires sont exploités à outrance sur les réseaux sociaux, où la désinformation circule facilement, brouillant encore davantage la distinction entre faits, perceptions et rumeurs.
D’après SIC Notícias, l’étude souligne aussi que les décisions judiciaires influencent fortement le sentiment d’insécurité. Par exemple, la libération sous caution de suspects dans des affaires de violence ou d’agressions sexuelles est souvent perçue comme une forme d’impunité, qui alimente la défiance du public.
Pour améliorer la compréhension des phénomènes criminels, SEDES recommande la mise en place d’enquêtes de victimation régulières, en complément des rapports annuels de sécurité.
L’Observatoire plaide également pour une communication institutionnelle plus efficace, tant du côté des forces de l’ordre que du système judiciaire, afin de mieux informer les citoyens, tout en évitant les amalgames et les peurs injustifiées.
Le rapport mentionne aussi le rôle préoccupant de certains partis politiques, qui n’hésitent pas à diffuser de fausses informations ou à instrumentaliser des faits divers à des fins électorales. Des stratégies qui accentuent artificiellement le climat d’insécurité.
SEDES évoque enfin des comportements déviants non pénalisés, comme certaines formes d’incivilité ou de harcèlement, qui ne relèvent pas du crime mais altèrent fortement la qualité de vie et le sentiment de sécurité.
Autre critique : la fragilité méthodologique des rapports annuels de sécurité intérieure (RASI), dont les données sont jugées incomplètes, disparates et difficilement comparables d’une année sur l’autre, rendant l’analyse de l’évolution réelle de la criminalité quasiment impossible.
Parmi les solutions proposées par SEDES : Enquêtes de victimation régulières, harmonisation statistique des rapports RASI, meilleure coordination entre police, justice et médias, renforcement de la communication publique, fondée sur des données vérifiées, surveillance active de la désinformation politique autour de la sécurité
En somme, l’étude appelle à une approche plus rigoureuse, plus transparente et moins émotionnelle des questions de sécurité publique, dans un contexte où l’information peut devenir un outil d’influence aussi puissant que la réalité elle-même.
Source : Diário de Notícias via ZAP
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