L’ascension glorieuse de l’« Elevador » qui finit en tragédie

Quand Lisbonne s’invente des ailes de fer

À la fin du XIXe siècle, Lisbonne bouillonne, s’agrandit, grimpe toujours plus haut. Ses collines, redoutées des passants, deviennent le terrain de jeu d’ingénieurs visionnaires. Les funiculaires naissent alors comme une promesse : celle de relier, sans peine, le bas et le haut de la ville. Du Lavra à la Bica, en passant par la Glória, ces ascenseurs mécaniques changent le quotidien des Lisboètes. Leurs cabines de bois grinçantes, d’abord mues par la force de l’eau, puis par la vapeur et enfin l’électricité, deviennent des icônes urbaines. Aujourd’hui encore, ils incarnent à la fois la modernité de leur époque et la nostalgie d’une capitale qui n’oublie pas ses racines.

Une révolution en 1885

Le 31 octobre 1885, Lisbonne s’offre un nouveau bijou : l’Elevador da Glória. La revue Occidente s’enthousiasme alors : « Lisbonne vient de se doter d’une amélioration importante ». Le public, séduit dès les premières montées, consacre son succès immédiat. Contrairement à son « frère aîné », le Lavra, qui peine à remplir ses cabines, la Glória attire une foule impatiente. La revue note même qu’à l’ouest de la ville, « le mouvement de population est bien plus important », gage de rentabilité pour les investisseurs.

Le génie de Ponsard

Derrière cette prouesse, un nom : Raul Mesnier de Ponsard. Ingénieur d’origine française, formé à Porto, il imagine en 1882 la Nova Companhia dos Ascensores Mecânicos de Lisboa. Son premier chantier, le Lavra, ne tarde pas à être suivi de la Glória, puis de la Bica (1888) et du monumental ascenseur de Santa Justa (1902), souvent attribué à tort à Eiffel. Visionnaire, Ponsard équipe Lisbonne d’un réseau de funiculaires qui transforme sa mobilité et son visage urbain.

Des débuts pittoresques à l’âge électrique

À ses débuts, l’Elevador da Glória transporte ses passagers non seulement à l’intérieur, mais aussi… sur le toit ! Actionné par un système de contrepoids à eau, puis par la vapeur, il passe à l’électricité dès 1914. Ce souffle de modernité l’ancre définitivement dans la vie quotidienne des Lisboètes.

Le passage à la Carris

Peu à peu, la compagnie de Ponsard est absorbée par la Carris, qui monopolise les transports de la capitale. Le 12 novembre 1926, par contrat, elle rachète les biens et les droits de la Nova Companhia dos Ascensores Mecânicos, devenant l’unique opérateur de ces icônes de la mobilité lisboète.

Quand la gloire tourne au drame

Symbole d’ingénierie et de modernité, l’Elevador da Glória a pourtant vu son histoire basculer récemment dans la tragédie. De monument patrimonial et attraction touristique, il est devenu, le temps d’un accident, le rappel brutal de la fragilité de ces géants centenaires. Une page sombre qui contraste avec l’éclat de sa gloire inaugurale.

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