
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les eucalyptus mais bien les pins maritimes (Pinus pinaster) qui ont le plus brûlé cet été. Selon une étude du Centre d’études forestières (CEF) de l’Institut supérieur d’agronomie de Lisbonne, la superficie de pins maritimes détruite par les grands incendies est trois fois supérieure à celle des eucalyptus, pourtant régulièrement accusés de favoriser la propagation des feux.
Les chercheurs José M. C. Pereira et Luís Lopes ont analysé les sols touchés par 75 incendies de plus de 100 hectares jusqu’au 25 août, en croisant les cartes de zones brûlées fournies par l’EFFIS (European Forest Fire Information System) avec la cartographie de l’occupation des sols de 2023.
Leur conclusion : les landes et broussailles sont les zones les plus affectées, suivies des forêts ; la proportion de terres agricoles incendiées est plus élevée que la moyenne habituelle ; au total, les feux ont détruit 95 095 hectares de surface forestière.
Parmi eux, 57,2 % concernaient des pins maritimes, contre seulement 18,8 % d’eucalyptus. Les auteurs précisent toutefois que ces données, établies en temps réel, pourraient sous-estimer la surface brûlée de près de 10 %.
Les pins maritimes, un carburant pour les flammes
L’étude rappelle que les pins maritimes avaient déjà été identifiés comme l’un des principaux combustibles lors des dramatiques incendies de 2017, leur résine et leur densité accélérant la propagation du feu. À titre de comparaison, les plantations d’eucalyptus contrôlées, destinées à l’industrie papetière, présentent un risque d’inflammabilité plus faible que les eucalyptus sauvages.
Le Pinheiro bravo (nom portugais du pin maritime) est largement implanté dans le pays pour ses qualités économiques : bois abondant, fixation des dunes, récupération des sols pauvres, usage en ameublement, construction navale, production de résine, peinture, vernis ou encore tannage. Aujourd’hui, il couvre environ 40 % de la surface forestière nationale, soit 1,3 million d’hectares. Mais la gestion de ces forêts devra évoluer, souligne l’étude, afin de limiter les risques de propagation des incendies.
Prévenir les conséquences environnementales
En parallèle, la ministre de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, s’est rendue ce week-end à Trancoso, l’une des communes les plus touchées en août, pour rappeler l’urgence de travaux de stabilisation avant les pluies d’automne. Objectif : éviter les glissements de terrain et empêcher que cendres et débris ne contaminent les cours d’eau.
« L’APA (Agence portugaise de l’environnement) et l’ICNF (Institut pour la conservation de la nature et des forêts) travaillent déjà sur plusieurs sites », a-t-elle déclaré. « Mais l’ampleur des zones brûlées est considérable. Nos grands fleuves – le Douro, le Mondego et les affluents du Tejo – sont menacés. Nous devons agir très vite. »
La ministre a reconnu que la mise en œuvre de ces interventions pourrait être freinée par un manque d’entreprises, de main-d’œuvre et de soutien technique. « Il faut se concentrer sur les actions les plus urgentes, celles qui présentent le plus grand danger, et utiliser tous les moyens disponibles pour empêcher les cendres d’atteindre les cours d’eau », a-t-elle insisté.
Source : Lusa / Correio da Manhã
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