Grève générale : le gouvernement minimise, l’opposition fulmine

Alors que de nombreux secteurs du pays tournaient au ralenti ce jeudi, le gouvernement a livré une lecture diamétralement opposée de la mobilisation, avançant un taux d’adhésion compris entre 0 et 10 %. Une estimation jugée irréaliste par les syndicats, les médias et une grande partie des observateurs.

Le ministre de la Présidence, António Leitão Amaro, a assuré lors d’une conférence de presse que « l’immense majorité du pays travaille », décrivant non pas une grève générale, mais « une grève partielle touchant certains services publics ». Selon lui, les données disponibles montrent une adhésion « inexpressive », aussi bien dans le secteur public que dans le privé.

Un discours prononcé avec une lenteur « quasi hypnotique », selon plusieurs journalistes, alors que les images diffusées tout au long de la journée racontaient une tout autre histoire. La réalité pourrait se situer « quelque part entre les deux », mais les premières estimations laissent entrevoir un ralentissement massif, qui pourrait dépasser 50 % si l’on inclut les débrayages prévus le lendemain.

Pour justifier l’analyse gouvernementale, Leitão Amaro s’est appuyé sur deux indicateurs : les transactions du réseau SIBS, en baisse de 7 %, et la circulation sur les ponts d’accès à Lisbonne, réduite de 5 %. Des chiffres qui, selon lui, démontrent que « le pays a choisi de travailler », malgré l’impact du manque de transports publics.

Le Premier ministre a délivré un message similaire à l’issue du Conseil des ministres, même si l’agence publique Lusa n’a pas pu relayer ses déclarations – elle aussi en grève. Son site affichait simplement : « Le service de l’agence Lusa est interrompu en raison de la grève générale ».

Depuis la veille, commentateurs et analystes mettent en garde contre « un excès de confiance » du gouvernement. Le chef du gouvernement avait en effet assuré que « le Portugal est en tête de l’Europe et du monde », que « les salaires augmentent » et que « les jeunes ont plus d’opportunités qu’il y a quelques années ». Un discours jugé déconnecté à la veille d’une grève générale rare en démocratie.

Le journaliste politique Miguel Santos Carrapatoso estime que cette posture « peut coûter cher » à l’exécutif : « On a un Premier ministre qui critique ouvertement un syndicat, demande ensuite le dialogue, reçoit ce syndicat, puis affirme la veille d’une grève générale que tout va pour le mieux. C’est un excès de confiance qui peut mal finir. »

Sur les chaînes d’information, les témoignages se multipliaient pour confirmer une paralysie touchant large­ment les services publics et privés, tandis que l’exécutif campait sur sa ligne : « rien à signaler ».

Le lendemain, alors que plusieurs secteurs poursuivaient leur mouvement, les réactions politiques ont été cinglantes. Le député socialiste Eurico Brilhante Dias a comparé Leitão Amaro à « un ministre de la propagande irakien pendant la guerre du Golfe ». Le candidat PCP António Filipe a dénoncé un « déni total », tandis que Jorge Pinto (LIVRE) a qualifié ses déclarations « d’offensantes ». Pour la presse, la seule chose « inexpressive » durant cette journée fut la crédibilité du ministre.

Source : SIC Notícias

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