DES ALLURES PRINCIÈRES

Une escapade au Principe Real à Lisbonne s’impose pour découvrir un quartier auquel l’automne-hiver sied comme un gant.

S’il est vrai qu’en été et au printemps le quartier du Principe Real est des plus attractifs, c’est en automne-hiver lorsque les températures baissent et que les feuilles recouvrent les trottoirs, que la magie opère véritablement. Niché à la cime d’une des huit collines lisboètes à quelques pas du trépident Bairro Alto, le Principe Real est comparable au Marais parisien. On y trouve une ribambelle de galeries d’art, d’antiquaires, de boutiques de créateurs ou de restaurants à la mode ; en d’autres termes, c’est un peu le rendez-vous des « bobos » de la capitale, toutes nationalités confondues.

Attention aux clichés, les « bairristas » (habitants du quartier) de la première heure y résident encore et il n’est pas rare de les croiser accoudés au comptoir d’une « pastelaria » à l’heure du goûter, ou jouant aux cartes dans le parc. Côté belvédère de São Pedro de Alcântara il y a comme un air d’Amérique du Sud causé par l’architecture des bâtiments de la Rua da Escola Politécnica, tous très bas, colorés et jonchés de fils électriques. Un peu plus loin, vers le jardin l’atmosphère y est quasi londonienne, fraiche et chic.

Impossible de s’ennuyer ici. Pour quelques heures, une journée ou une après-midi, les activités ne manquent pas. Le point central est un jardin de style romantique inauguré en 1853, le « Jardim do Principe Real ». Il s’agit d’un espace relativement petit au milieu duquel prône un spectaculaire cèdre de plus de 150 ans et de plus de 20 mètres de diamètre qui offre la fraicheur nécessaire aux chaudes journées estivales.

Sous les pieds des passants flânant entres les arbres, se trouve un tunnel en pierre qui abrite le Reservatório do Patriarcal. Construit entre 1860 et 1864, ce réservoir était autrefois la principale source d’alimentation en eau du centre-ville, provenant de l’Aqueduc de Águas Livres. Des visites guidées des galeries du site qui aujourd’hui ne fonctionne plus sont organisées, ainsi que des concerts, des pièces de théâtre et autres événements culturels. En parlant d’incitatives, tous les samedis aux portes du parc, deux marchés se juxtaposent : l’un d’artisanat et l’autre de produits bio. Dans tous les cas tout est local.

De l’autre côté de la rue, deux monuments incontournables de la ville se partagent un même trottoir. Le premier, l’Embaixada, est un magnifique palais néo-arabe dont chaque pièce est habitée par une boutique de marque portugaise comme Castelbel, Organii, Latitid ou Boa Safra. Même si les prix peuvent rapidement grimper, une visite de courtoisie y est indispensable pour contempler la beauté des lieux. 

Enfin, pour un peu de culture, le Museu Nacional de História Natural e da Ciência et son Jardim Bôtanico nous transportent tout droit à une autre époque. Cet organisme appartenant à l’Université de Lisbonne s’est donné pour mission de promouvoir la curiosité et la compréhension du public à l’égard de la nature et de la science. En plus des collections, des expositions, des conférences et autres activités scientifiques ou éducatives autour de la recherche universitaire sont proposées. Le musée comprend des sections d’histoire, de culture des sciences, de zoologie, d’anthropologie, de minéralogie et de paléontologie. Les locaux actuels datent du XVIIe siècle et ont d’abord été occupés par la Compagnie de Jésus jusqu’à sa suppression, puis par le Collège Royal et l’École polytechnique à partir de 1837 qui se transformera finalement en Faculté des sciences en 1911.

Quant au Jardin Botanique, il a ouvert en 1848 et c’est depuis le point de rencontre idéal pour les amoureux. À l’abris des regards et tout à fait romantique, on peut y admirer des spécimens de plantes rares et trouver les meilleurs décors pour alimenter les réseaux sociaux. Le mot de la fin ira bien entendu faire lumière sur un des points essentiels d’une escapade, soit où se sustenter après les visites. Le Principe Real regorge de très bons restaurants, cafés, bars et kiosques, des plus typiques aux plus originaux. Il en est un qui retient particulièrement l’attention des gastronomes, c’est le Zazah.

Dans une petite rue descendante parallèle à l’artère principale du quartier, la Rua das escolas politecnicas, on arrive dans ce temple de la gastronomie fine en apercevant au loin le pont du 25 Avril ainsi que le Christ. Le chef, Moises Franco, n’est autre qu’un ancien assistant du grand José Avillez. Sa cuisine tourne autour de plats traditionnels totalement revisités en proportion, style et avec sa touche « carioca ». Les ingrédients qui composent les plats sont bien entendus locaux et biologiques, et sont parfaits à partager. Ainsi, les hôtes ont la possibilité de jeter leur dévolu sur plusieurs spécialités pour profiter au mieux des saveurs proposées. Les désormais classiques de la maison sont la purée à la truffe, la poêlée de champignons, le poulpe au chorizo et les « croquettes » accompagnées d’un aïoli à la coriandre. Le tout dans une ambiance détendue, avec une carte de vins bien fournie et des cocktails de maitre que le barriste accorde en fonction des choix culinaires des invités.

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