Le Portugal dispose de trois ressources minières clés — cuivre, tungstène et lithium — dont l’exploitation pourrait le hisser parmi les grands producteurs mondiaux. Mais cette industrialisation soulève d’importants enjeux économiques, environnementaux et sociaux.
Depuis décembre 2025, le tungstène, métal stratégique notamment utilisé dans l’armement, a vu son prix bondir de 550 % sur les marchés mondiaux, porté par la demande liée aux conflits en Ukraine et en Iran. La mine de Mina da Panasqueira, en Beira Interior, figure parmi les rares au monde hors contrôle chinois. Exploitée depuis plus d’un siècle, elle s’était déjà illustrée durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque le régime de António de Oliveira Salazar autorisa des exportations vers l’Allemagne nazie.
Aujourd’hui détenue par la société canadienne Almonty Industries, la mine pourrait générer un bénéfice opérationnel estimé à 130 millions de dollars en 2026.
Le cuivre demeure toutefois le pilier de l’industrie minière portugaise. Associé au zinc, il génère un chiffre d’affaires annuel compris entre 1,4 et 1,8 milliard de dollars, pour un bénéfice net de 500 à 700 millions. La production se concentre notamment sur la mine de Mina de Neves-Corvo, exploitée par Somincor et détenue par le groupe suédois Boliden. Porté par la demande des télécommunications, des centres de données et du secteur militaire, le marché reste stable, avec une hausse attendue d’environ 12 %.
Dans la ceinture de pyrite, qui s’étend jusqu’en Espagne, plusieurs mines sont en cours de modernisation, attirant des investisseurs internationaux, notamment américains, chinois et moyen-orientaux. La mine d’Aljustrel mine reste l’un des rares sites encore sous contrôle portugais.
Au nord du pays, les projets d’exploitation du lithium devraient entrer en production d’ici début 2028. Le site controversé de Barroso recèlerait jusqu’à 39 millions de tonnes de minerai, ce qui en ferait le plus important gisement européen de lithium en roche dure. Le projet est porté par Savannah Resources, bien que la structure de son actionnariat reste peu transparente.
Plusieurs autres sites sont à l’étude, dans l’attente d’autorisations d’investissement et de licences validées à l’échelle européenne. Le raffinage du lithium devrait quant à lui être assuré dans la zone industrielle de Sines, notamment pour l’exportation.
Face à ces projets, les mouvements de contestation se multiplient dans le nord, dénonçant les impacts environnementaux et sociaux. Ils réclament des garanties sur la protection des territoires, une meilleure indemnisation des expropriations et un partage plus équitable des bénéfices.
Si la combinaison de ces trois ressources place le Portugal en position stratégique, elle pose aussi la question du coût de cette transformation. Entre développement industriel et préservation des territoires ruraux, l’équilibre reste à trouver.
Roberto Cavaleiro
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