Crise du logement : le maire de Porto hausse le ton

Face aux militants mobilisés contre la crise du logement, le maire Pedro Duarte défend une ligne ferme, tout en affirmant respecter le droit de manifester. Une intervention policière controversée a fait au moins 35 blessés selon TVI/CNN Portugal.

Le maire de Porto, Pedro Duarte, a promis d’adopter une position « absolument inflexible » face aux tentatives d’installation de tentes sur la Praça D. João I, où des manifestants campent pour dénoncer la crise du logement au Portugal.

Ses déclarations interviennent dans un contexte de tensions croissantes autour de cette mobilisation, lancée samedi et qui a culminé avec une opération policière aux premières heures du jeudi 15 octobre. Les forces de l’ordre sont alors intervenues pour retirer les tentes installées sur la place.

« Il est évident que la Praça D. João I n’est pas un terrain de camping et qu’elle ne le deviendra pas », a déclaré le maire. « Nous serons absolument inflexibles face à toute tentative d’installer des tentes dans cet espace. »

Pedro Duarte a assuré que le droit de manifester n’était pas remis en question. Il a décrit Porto comme une ville libre et démocratique, où « même les absurdités ont le droit d’être exprimées ».

Il a toutefois souligné que les manifestations devaient respecter les règles en vigueur ainsi que les droits des autres habitants.

« Nous ne vivons pas sous un régime anarchique, et notre droit de manifester ne peut pas entrer en conflit avec la liberté de tous les autres habitants de la ville », a-t-il affirmé.

Le maire a également mis en doute les motivations de certains organisateurs du mouvement, suggérant que plusieurs responsables étaient liés à des mouvements internationaux dont les revendications auraient peu à voir avec les difficultés de logement rencontrées à Porto.

Tout en reconnaissant que la crise du logement touche une grande partie de l’Europe, y compris le Portugal et Porto, il a défendu l’action de la municipalité, qui travaille selon lui activement à résoudre les problèmes concrets du secteur.

« Nous le ressentons tous les jours », a-t-il déclaré au sujet du manque de logements. Il a ajouté que les services municipaux s’efforçaient de répondre aux difficultés réelles rencontrées par les habitants, qu’il juge différentes de certaines revendications exprimées sur la place.

Selon Pedro Duarte, la mobilisation a fini par mêler plusieurs causes, dont certaines n’ont qu’un lien indirect avec la crise du logement.

Il a également affirmé que Porto disposait du plus grand parc de logements sociaux de toutes les municipalités portugaises.

Une intervention policière controversée

Les déclarations du maire ont précédé une intervention policière tendue dans la nuit de mercredi à jeudi. Vers 3 h du matin, une quarantaine d’agents de l’unité d’intervention de la PSP, la police de sécurité publique, sont intervenus sur la Praça D. João I pour démanteler le campement.

Selon TVI/CNN Portugal, environ 150 manifestants étaient présents au moment de l’intervention, après le départ des équipes de télévision.

La chaîne a rapporté qu’au moins 35 manifestants avaient été blessés, dont deux personnes souffrant de fractures et ayant dû être hospitalisées. La PSP a toutefois déclaré à Rádio Renascença ne disposer d’aucune information confirmant l’existence de blessés.

La police a reconnu avoir mené une intervention plus musclée, qu’elle attribue à la résistance de manifestants qui refusaient de retirer leurs tentes.

Les organisateurs de la mobilisation contestent cette version des faits. Ils ont qualifié l’intervention de « disproportionnée » et affirment que les manifestants n’ont pas provoqué les forces de l’ordre.

Cette confrontation fait suite à une première opération policière menée lundi, au cours de laquelle des tentes avaient déjà été retirées de la même place.

Malgré cette intervention, les manifestants ont continué à passer leurs nuits dehors et ont réinstallé des tentes mercredi soir, déterminés à maintenir la pression face à la hausse des prix du logement et aux difficultés d’accès à des logements abordables.

Jeudi matin, il n’était toujours pas possible de déterminer si la place avait été entièrement évacuée ni si les manifestants comptaient poursuivre leur mobilisation.

Inês Lopes

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