Photo : ANA
L’aéroport Humberto Delgado de Lisbonne a connu ces derniers jours une véritable pagaille, avec des files d’attente interminables aux contrôles des passeports. De nombreux voyageurs à destination de pays hors Schengen ont attendu jusqu’à 90 minutes, certains manquant purement et simplement leur vol.
Ce chaos résulte d’une combinaison explosive : la mise en place d’un nouveau système européen de contrôle des frontières, des grèves du personnel, et des travaux d’agrandissement sur un site déjà saturé depuis des années.
Le lundi 13 octobre, le nouveau système de contrôle des passeports a été activé pour la première fois. Dès le lendemain, la situation devenait ingérable : des files de passagers exaspérés s’étiraient sur des centaines de mètres.
La Police de sécurité publique (PSP), chargée de la gestion des contrôles, a reconnu une « journée critique ». Son directeur adjoint, João Ribeiro, a admis que les passagers hors Union européenne avaient attendu plus d’une heure et demie tant à l’arrivée qu’au départ.
Le nouveau dispositif, baptisé EES (Entry/Exit System), enregistre électroniquement les entrées et sorties des voyageurs non européens, remplaçant les tampons manuels dans les passeports. Il est censé moderniser et sécuriser la gestion des frontières de l’Union. Mais des pannes techniques et un manque de formation du personnel semblent avoir paralysé le processus.
Des témoignages de passagers se multiplient. L’entrepreneuse américaine Sheree Mitchell, fondatrice d’une agence de voyages sur mesure à Lisbonne, dénonce des délais « absurdes » : « Ces files d’attente donnent une image désastreuse du Portugal aux visiteurs non européens », affirme-t-elle, évoquant même des altercations dans les rangs. D’autres voyageurs racontent avoir failli manquer leur vol, certains n’ayant embarqué que grâce à la décision exceptionnelle de leur compagnie de retarder le départ.
Selon João Ribeiro, cette journée de mardi a été « la plus difficile » depuis plus d’un an, avec un afflux record de passagers et des temps de traitement largement supérieurs à la normale. Il reconnaît que le temps de passage a « augmenté considérablement » et que les effectifs, bien qu’entièrement mobilisés, ne suffisent plus.
Faute d’espace pour doubler les postes de contrôle, les autorités se disent contraintes d’opérer à pleine capacité, sans parvenir à réduire l’attente. Ribeiro a souligné qu’au-delà de 90 minutes, « l’expérience devient inacceptable, les passagers ratent des vols et certains peuvent même être annulés ».
Le système EES, présenté comme un tournant historique dans la gestion des frontières européennes, vise à renforcer la sécurité et à fluidifier les contrôles grâce à la numérisation. Mais à Lisbonne, cette promesse se heurte pour l’instant à la réalité : celle d’un aéroport au bord de la saturation, où la technologie, loin de simplifier le voyage, l’a rendu plus éprouvant que jamais.
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