L’incroyable histoire de la figue

En 2006, des archéologues ont fait une découverte remarquable. Sur un site situé dans un village de la vallée du Jourdain, ils ont mis au jour un amas de figues carbonisées datant de quelque 11 400 ans. Mais ces fruits avaient une particularité : il s’agissait de figues parthénocarpiques.

En botanique, la parthénocarpie désigne le développement d’un fruit sans pollinisation. Normalement, les figuiers femelles sauvages ont besoin d’un pollinisateur : une petite guêpe, Blastophaga psenes, qui vit dans le figuier mâle. Lorsque la guêpe pénètre dans le fruit, elle y pond ses œufs et, ce faisant, pollinise les fleurs situées à l’intérieur de la figue.

Après avoir pondu ses œufs, la guêpe meurt. La figue libère alors des enzymes qui décomposent complètement son corps, récupérant ses nutriments et les transformant en matière végétale.

Cependant, une ou plusieurs mutations ont permis à certains figuiers femelles de continuer à développer leurs fruits sans pollinisation. Ces variétés ont été appelées figues persistantes ou parthénocarpiques. Comme elles produisent peu ou pas de graines viables, elles ne peuvent pas facilement se reproduire dans la nature par voie sexuée.

Les premiers humains ont toutefois remarqué que ces fruits, dépourvus de graines ou capables de se développer facilement, étaient particulièrement intéressants. Ils ont donc commencé à multiplier ces figuiers par bouturage. Chaque bouture prélevée sur un arbre génétiquement parthénocarpique donne naissance à un autre figuier génétiquement identique, lui aussi parthénocarpique.

Cette découverte pourrait remettre en question ce que l’on considère généralement comme les premières cultures de l’humanité. Notre toute première plante cultivée n’était peut-être pas le blé ou l’orge, mais la figue, faisant de sa culture l’une des formes d’agriculture les plus anciennes connues à ce jour.

Alors, y a-t-il vraiment une guêpe morte dans chaque figue ?

À ce stade, vous vous demandez peut-être si chaque figue que vous mangez contient une guêpe morte. La réponse est non — ou, du moins, pas systématiquement.

La plupart des figuiers utilisés aujourd’hui dans l’agriculture sont parthénocarpiques et n’ont donc pas besoin de guêpes pour produire leurs fruits. Même s’il est difficile d’établir un chiffre précis, on estime qu’environ 60 à 80 % des figues cultivées proviennent de ces arbres.

Certaines variétés sont toutefois toujours cultivées selon la méthode traditionnelle. C’est notamment le cas des célèbres figues de Smyrne, en Turquie, ainsi que de leur cousine californienne, la Calimyrna — contraction de Calimyrna et California — qui dépendent toujours de la pollinisation par la guêpe pour produire leurs fruits.

Une place de choix dans l’histoire et les mythes

L’importance de la figue se retrouve dans les arts et les écrits depuis des millénaires. Des tablettes sumériennes datant d’environ 2500 avant J.-C. mentionnent déjà les figues parmi les aliments, tandis que les premiers textes médicaux les présentent à la fois comme nourriture et comme remède.

La figue apparaît également dans l’un des plus anciens récits de l’humanité, L’Épopée de Gilgamesh, où les figuiers figurent parmi les plantes sacrées.

Dans l’Égypte ancienne, la figue — et notamment le figuier sycomore — était considérée comme une manifestation de la déesse Hathor, associée à la vie et à l’au-delà. Les peintures funéraires égyptiennes représentent ainsi fréquemment des figuiers ou des fruits séchés.

En Grèce, les figues étaient sacrées pour Dionysos, dieu du vin et de l’extase. Ses fidèles portaient des couronnes de feuilles de figuier lors des célébrations.

Grâce à leurs qualités nutritionnelles, les figues étaient également consommées par les athlètes olympiques pendant leur entraînement et faisaient partie des récompenses remises aux vainqueurs.

La culture romaine n’est pas en reste. Selon la légende, Romulus et Remus se seraient reposés sous un figuier, devenu par la suite l’un des lieux les plus sacrés de Rome. Chaque fois que l’arbre mourait, un nouveau figuier était soigneusement planté à sa place.

On raconte également que l’homme politique romain Caton l’Ancien aurait utilisé des figues pour contribuer à déclencher la troisième guerre punique entre Rome et Carthage.

Lors d’un discours au Sénat, il aurait terminé par les célèbres mots « Carthago delenda est » — « Carthage doit être détruite » — avant de sortir une poignée de figues fraîches cueillies à Carthage quelques jours auparavant. Il voulait ainsi démontrer à quel point la rivale de Rome se trouvait dangereusement proche.

Le figuier aurait également offert à l’humanité son premier vêtement : selon le récit biblique, Adam et Ève se seraient couverts de feuilles de figuier après avoir mangé le fruit de l’Arbre de la connaissance.

Le fruit est par ailleurs devenu un symbole de fertilité et de prospérité, notamment en raison de l’abondance de ses petites graines.

L’interprète des rêves de l’Antiquité, Artémidore, écrivait quant à lui que rêver de manger des figues douces annonçait de bonnes nouvelles ou la richesse, tandis que les figues acides étaient associées aux disputes ou à la maladie.

Un fruit aussi riche que son histoire

Il existe environ 750 espèces connues dans le genre Ficus, ce qui signifie que leurs propriétés nutritionnelles peuvent varier.

En moyenne, les figues fraîches contiennent environ 70 à 74 calories pour 100 grammes, un chiffre qui augmente considérablement lorsque les fruits sont séchés.

Bonne nouvelle : elles restent riches en fibres, notamment grâce à leurs nombreuses petites graines. Elles contiennent également des antioxydants, en particulier des polyphénols, qui peuvent contribuer à limiter les dommages cellulaires.

Les figues apportent aussi des vitamines importantes, notamment les vitamines A, B et K, ainsi que des minéraux tels que le potassium, le calcium et le magnésium, bénéfiques notamment pour le cœur, les os et les muscles.

En cuisine, les figues fraîches sont parfaites à l’apéritif, accompagnées de jambon cru, de burrata ou de fromage de chèvre. Dans les salades, elles se marient particulièrement bien avec une vinaigrette balsamique ou dans une préparation méditerranéenne avec oranges, olives et fenouil.

Séchées, elles accompagnent à merveille les viandes comme le canard, le porc ou l’agneau.

Les figues sont également idéales pour préparer des confitures et autres conserves. Parmi les recettes préférées de l’auteur figure notamment une confiture de figues au gingembre confit et au poivre : légèrement relevée et pleine de caractère, elle peut être servie aussi bien avec des préparations salées que sucrées.

 

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