Concorde : 50 ans déjà depuis son vol inaugural

Un pilote, une hôtesse et un steward retraités d’Air France, relatent – en exclusivité – la vie à bord de Concorde suite au vol inaugural de Paris à Rio de Janeiro

Le 21 janvier 1976, une nouvelle ère du transport aérien civil a vu le jour avec les décollages simultanés – de Paris et de Londres – de deux Concorde, d’Air France et de British Airways. Ce jour représentait l’aboutissement d’une formidable coopération franco-britannique qui avait duré quatorze longues années pour concevoir, développer, construire et tester un avion supersonique capable de voler en croisière à deux fois la vitesse du son : Mach 2.

Alain Bataillou, Pierrette Cathala et moi-même faisons partie de ceux qui ont eu le privilège de voler sur l’avion à l’époque – de janvier 1976 à octobre 1982 – où Air France disposait de cinq lignes régulières : Rio de Janeiro, Caracas, Washington, New York et Mexico.

Grâce à un partenariat conclu entre Braniff International Airways, Air France et British Airways, les lignes de Paris et de Londres furent également prolongées de Washington à Dallas Fort Worth (Texas). Deux autres destinations, Dakar et Santa Maria aux Açores, figuraient aussi dans le réseau Concorde d’Air France comme escales techniques. Cette période de presque sept ans est considérée comme l’apogée du réseau Concorde. Avec une clientèle sud, centrale et nord-américaine, les annonces à bord étaient réalisées en quatre langues, dont le portugais et l’espagnol.

Après de longues procédures judiciaires, la Cour suprême américaine autorisa finalement Air France et British Airways à exploiter des vols supersoniques vers New York à partir de novembre 1977. Mexico rejoignit ensuite le réseau en septembre 1978. L’autonomie du Concorde étant limitée à environ quatre heures de vol, la côte est américaine constituait une destination stratégique.

À seulement 3h40 de Paris-CDG, New York devint rapidement la ligne la plus rentable. À une époque où n’existaient ni internet, ni signatures électroniques, ni visioconférences, les hommes d’affaires européens devaient se rendre physiquement à Manhattan pour conclure leurs contrats.

Le départ de Paris était programmé à 11h pour une arrivée à New York à 8h40, heure locale. Avant l’embarquement, les passagers profitaient d’un petit-déjeuner au salon Concorde, puis recevaient leur coupe de champagne dès le repoussage de l’appareil.

Le décollage restait un moment inoubliable : l’avion atteignait près de 400 km/h avant de quitter la piste. Après avoir franchi le mur du son au-dessus de l’Atlantique, Concorde poursuivait son accélération jusqu’à Mach 2,02, soit environ 2 300 km/h à 18 200 mètres d’altitude.

Prince, Benji et Gamin : des passagers pas comme les autres – Par Pierrette Cathala

La vie à bord était souvent ponctuée d’événements inattendus. Un jour, sur un vol Paris–New York, une passagère embarqua avec un impressionnant caniche royal noir nommé Prince. La veille, celui-ci s’était échappé des soutes à Nice, provoquant une véritable pagaille sur les pistes avant d’être récupéré.

L’absence de chauffage dans les soutes du Concorde imposait que les animaux voyagent auprès de leurs propriétaires. Prince se révéla un passager exemplaire. Par la suite, j’ai pris l’habitude de conserver un carnet où je notais les noms des chiens de nos clients fidèles. Grâce à la liste des passagers, je pouvais leur réserver un accueil personnalisé.

Ainsi, j’ai rencontré : Lili, la chienne de Liza Minnelli ; Moïse, le Labrador de Rupert Everett ; le Jack Russell d’Eva Herzigova ; le teckel de Mstislav Rostropovitch ; Benji, vedette d’une célèbre série télévisée américaine. Tous étaient choyés comme de véritables VIP. Mais aucun n’égala Gamin, un imposant Berger Suisse qui voyagea sur un vol vers New York dans une cage occupant deux sièges.

Sa propriétaire avait payé pour lui un billet aller-retour au tarif complet. Elle demanda même qu’un repas gastronomique lui soit servi : foie gras, langouste mayonnaise, tournedos coupé en dés et légumes. L’anecdote fit rapidement le tour des équipages Concorde.

Concorde, le Petit Prince et les couchers de soleil – Par Alain Bataillou

Les performances du Concorde nous permettaient parfois d’assister à un spectacle extraordinaire : voir plusieurs couchers de soleil dans une même journée. Lors d’un vol Paris–Caracas avec escale technique à Santa Maria, aux Açores, nous avons décollé de nuit. Une fois au-dessus de l’Atlantique, nous avons accéléré jusqu’à Mach 2. Très rapidement, une lueur apparut devant nous vers l’ouest. Puis le soleil réapparut à l’horizon.

Nous allions plus vite que lui. Après l’atterrissage à Santa Maria, nous assistâmes à un deuxième coucher de soleil. Puis, après le redécollage et une nouvelle accélération supersonique, le phénomène se reproduisit : le jour revint une seconde fois.

À notre arrivée à Caracas, peu après avoir coupé les moteurs, nous observions notre troisième coucher de soleil de la journée. Un souvenir resté intact malgré les décennies écoulées.

De Mach 2 à la montgolfière – Par Douglas Hallawell

Lors d’un vol retour depuis New York, je fis la connaissance d’un couple américain qui participait à un programme touristique original imaginé par Buddy Bombard. Le concept associait un voyage aller-retour en Concorde à des séjours gastronomiques et des vols en montgolfière au-dessus des châteaux de la Loire et des vignobles de Bourgogne.

Les voyageurs me racontaient avec enthousiasme les survols silencieux des vignobles français, les réceptions au champagne après l’atterrissage et les dégustations organisées dans des domaines prestigieux. Une expérience unique qui associait le moyen de transport le plus rapide du monde à l’un des plus lents.

Aujourd’hui encore, Alain Bataillou, Pierrette Cathala et Douglas Hallawell perpétuent la mémoire de cet avion mythique à travers l’APCOS, l’association des personnels et passionnés de Concorde. Près d’un demi-siècle après son vol inaugural, Concorde continue de faire rêver ceux qui ont eu la chance de le voir voler… et plus encore ceux qui ont eu le privilège de voyager à son bord.

TEXTE & PHOTOS : Alain Bataillou, Pierrette Cathala et Douglas Hallawell

Share this story

PinIt
LinkedIn
Share
WhatsApp