Les ventes de médicaments destinés à traiter l’obésité ont fortement augmenté au Portugal l’an dernier, dépassant le cap du demi-million de boîtes vendues. Un chiffre impressionnant – près de cinq fois supérieur à celui de 2024 – d’autant plus que ces traitements coûtent plus de 300 euros par mois et ne sont toujours pas remboursés par l’État.
Le président de l’autorité nationale du médicament, Infarmed, Rui Santos, a confirmé que des travaux sont en cours pour étudier la possibilité d’une prise en charge publique. En attendant, des centaines de milliers de Portugais continuent de recourir à ces traitements coûteux.
Selon les données de l’Associação Nacional de Farmácias (ANF), basées sur les analyses de Health Market Research (HMR), cette hausse spectaculaire s’explique en grande partie par l’arrivée sur le marché portugais de nouveaux médicaments comme Mounjaro et Wegovy.
Les chiffres communiqués à l’agence Lusa à l’occasion de la World Obesity Day montrent que la demande ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années. En 2019, seules 45 787 boîtes avaient été vendues. En 2020, ce chiffre est passé à 46 500 (+1,6 %), avant de connaître une progression rapide les années suivantes.
Aujourd’hui, plusieurs médicaments destinés à la perte de poids sont disponibles sur le marché portugais, notamment Orlistat, Mysimba, Saxenda, Wegovy et Mounjaro. L’ANF rappelle que ce dernier est également indiqué dans le traitement du diabète de type 2.
Depuis plusieurs années, spécialistes, médecins et associations de patients réclament que ces traitements soient remboursés par l’État.
Parallèlement aux traitements médicamenteux, la chirurgie bariatrique – souvent appelée chirurgie de l’anneau gastrique – continue elle aussi de progresser dans le système national de santé portugais (Serviço Nacional de Saúde).
Selon les données de la direction exécutive du SNS, 4 005 interventions ont été réalisées en 2025, soit 312 de plus qu’en 2024 et 581 de plus qu’en 2023.
Le délai moyen d’attente pour une opération est actuellement de 4,75 mois. À la fin de l’année 2025, 1 811 patients étaient encore inscrits sur liste d’attente. La loi prévoit que les interventions non urgentes soient réalisées dans un délai maximum de six mois.
Pour Paula Freitas, présidente de la Sociedade Portuguesa de Endocrinologia, Diabetes e Metabolismo (SPEDM), les centres spécialisés dans le traitement chirurgical de l’obésité « fonctionnent de mieux en mieux », même si la demande reste extrêmement élevée.
Elle cite l’exemple du centre hospitalier où elle exerce, l’ULS São João, qui réalise environ 1 000 opérations par an, mais dont la liste d’attente reste longue en raison du nombre très important de patients.
Selon l’endocrinologue, l’obésité est une maladie chronique et particulièrement complexe, qui nécessite souvent plusieurs approches thérapeutiques tout au long de la vie : traitements médicamenteux, chirurgie, mais aussi accompagnement médical sur le long terme.
« Heureusement, nous disposons aujourd’hui de bonnes stratégies et nous espérons en avoir encore de meilleures à l’avenir », souligne-t-elle, en évoquant les progrès attendus dans le domaine des médicaments et des techniques chirurgicales.
Concernant les nouveaux traitements, Paula Freitas reconnaît qu’ils sont « très efficaces » et estime qu’ils devraient être remboursés. En attendant, elle considère que leur coût peut être vu comme « un investissement dans la santé et l’allongement de l’espérance de vie ».
Elle rappelle toutefois que l’obésité touche plus fréquemment les populations les plus défavorisées, pour lesquelles l’accès à ces médicaments reste aujourd’hui très limité.
Natasha Donn
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