
La signature du traité UE–Mercosur suscite des réactions contrastées. Tandis que les industriels saluent la baisse des droits de douane sur les voitures et les équipements, les agriculteurs redoutent une concurrence accrue et les environnementalistes alertent sur l’impact écologique de chaînes logistiques toujours plus longues.
L’accord actuel s’éloigne largement du projet initial de 1999, élaboré à une époque où l’Union européenne était plus stable et où l’Amérique latine traversait une période de fortes turbulences politiques. Depuis, les équilibres ont changé, tout comme les priorités en matière de gouvernance, de démocratie et de respect du droit international.
Les États-Unis, qu’ils soient dirigés par des administrations républicaines ou démocrates, ont historiquement considéré l’Amérique du Sud comme leur « arrière-cour ». Or, ces dernières années, la région s’est rapprochée d’autres puissances, en premier lieu la Chine, devenue le principal partenaire commercial de nombreux pays du Mercosur grâce à des investissements massifs dans les infrastructures. La Russie et le bloc eurasien ont également renforcé leur influence via des accords commerciaux ciblés, sans condition politique explicite.
En signant son plus vaste accord commercial à ce jour, l’Union européenne pourrait contribuer à faire de l’Amérique du Sud un pivot stratégique des échanges entre l’Atlantique et le Pacifique, compliquant ainsi les stratégies américaines de sanctions et de pression économique.
Au sein de l’UE, l’opposition menée par la France, l’Autriche et la Hongrie reste vive. Ces pays souhaitent saisir la Cour internationale de justice afin de retarder l’application du traité, le temps de renforcer les protections accordées aux agriculteurs et de préserver les normes environnementales et sanitaires en vigueur.
Parallèlement, organisations environnementales et peuples autochtones s’organisent pour dénoncer les risques de recul en matière de protection des écosystèmes, notamment en Amazonie, face aux intérêts des grandes multinationales.
Dans un contexte de recomposition des équilibres mondiaux, marqué par l’affaiblissement perçu de l’Union européenne et les incertitudes autour de l’engagement américain au sein de l’OTAN, ce traité apparaît comme un accord mal aligné avec les enjeux actuels. Les relations commerciales internationales gagneraient à répondre à des impératifs sociaux et environnementaux plutôt qu’à nourrir une logique de rivalité géopolitique.
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