Photo: Joshua Sortino
Les centres de données sont devenus les actifs stratégiques des grandes entreprises mondiales — pour la plupart d’origine américaine ou chinoise.
La croissance exponentielle des systèmes de stockage de données à grande échelle et de l’informatique en « cloud » a conduit à l’adoption d’une nouvelle unité de mesure : le pétaoctet (PB). Pour donner une idée de son ampleur, un seul pétaoctet pourrait contenir environ 200 000 films en haute définition, chacun pesant 4 à 5 gigaoctets.
Avec la prolifération mondiale des data centers, cette échelle est déjà en train d’évoluer : 1 000 pétaoctets formeront bientôt un zettaoctet (10²¹ octets). Et à l’horizon 2050, il est prévu que les yottaoctets (10²⁴), voire les bronto-octets (10²⁷), deviennent nécessaires pour mesurer les volumes de données accumulés par les gouvernements, institutions et multinationales.
Au Portugal, le centre de données de Covilhã affiche une capacité projetée de 30 pétaoctets, ce qui en fait le plus grand d’Europe. Sa construction, entamée en 2013, prévoit quatre tours jumelles totalisant 75 500 m², certifiées Tier III pour leurs performances, leur sécurité et leur fiabilité. Ce complexe, ainsi que quatre centres régionaux plus modestes reliés entre eux par les dernières technologies, appartient à Altice Portugal.
L’entreprise Start Campus, développeur international spécialisé dans les infrastructures numériques, avance de son côté sur un vaste projet à Sines, évalué à 8,5 milliards d’euros pour une puissance informatique d’environ 1,2 gigawatt.
Le mois dernier, la même société, via sa filiale EDC One, a obtenu un PIM (Projet d’Importance Municipale) à Abrantes, où des terrains et bâtiments industriels désaffectés seront reconvertis pour accueillir un centre similaire, estimé à 7 milliards d’euros. Le chantier se déroulera en trois phases : la première, attendue pour 2028, offrira une capacité initiale de 300 MW, portée à 800 MW d’ici la fin du projet.
Dans les cinq prochaines années, de nombreux centres de plus petite taille devraient voir le jour, profitant de l’infrastructure fibre optique de qualité du Portugal et de ses ressources en énergies renouvelables. Le pays s’impose ainsi comme la porte d’entrée technologique de l’Europe du Sud.
À Lisbonne, Equinix construit un deuxième centre IBX (LS2), tandis que Merlin Properties prévoit un site d’une capacité de 180 MW à Vila Franca de Xira, destiné à traiter les charges de travail liées à l’intelligence artificielle. À Aljustrel, dans le district de Beja, le fonds FF Ventures investira environ 200 millions d’euros pour un centre répondant aux besoins régionaux.
Ces développements devraient bientôt se multiplier dans tout le pays — à condition de résoudre le problème crucial de l’approvisionnement énergétique et de la consommation d’eau, deux défis majeurs pour ces infrastructures énergivores.
Selon certaines estimations, les investissements attendus — 25 milliards d’euros d’ici 2030 — pourraient créer environ 50 000 emplois directs. Toutefois, cette projection ne tient pas compte du fait que la maintenance de ces gigantesques infrastructures sera largement assurée par des robots, eux-mêmes alimentés et supervisés par des systèmes d’intelligence artificielle de plus en plus autonomes.
Les services extérieurs fournis par des spécialistes hautement qualifiés resteront indispensables, mais une majorité d’entre eux seront probablement de nationalité étrangère. Google, Meta, Amazon et d’autres géants du numérique sont déjà engagés dans une course mondiale au recrutement de talents — ingénieurs, architectes cloud ou “digital nomads” — venus principalement d’Amérique du Nord et d’Asie.
Ces centres de données sont donc les actifs stratégiques d’entreprises presque exclusivement américaines ou chinoises, dont les priorités économiques et politiques ne coïncident pas toujours avec celles de l’Union européenne, même si cette dernière cherche à s’intégrer à la dynamique de l’intelligence artificielle mondiale.
Le mois dernier, la Banque d’Angleterre a d’ailleurs publié un avertissement sévère : la concentration d’investissements mondiaux, représentant des milliers de milliards de dollars, dans la transition vers ces nouvelles technologies, pourrait provoquer une forte volatilité des marchés boursiers et financiers si les attentes actuelles en matière de rentabilité s’avéraient exagérées.
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