Un jeu politique complexe est en cours autour de la décision de reconduire — ou non — Mário Centeno à la tête de la Banque du Portugal pour un second mandat, un poste qu’il a clairement exprimé souhaiter conserver.
Depuis plusieurs semaines, les médias rapportent le vif désir du gouvernement de Luís Montenegro de se séparer de l’ancien ministre socialiste des Finances. Centeno est perçu comme une épine dans le pied de l’exécutif actuel, d’autant plus qu’une décision prise lorsqu’il était encore au gouvernement semble aujourd’hui se retourner contre l’État.
L’affaire du « pantouflage » — cette fameuse porte tournante entre politique et institutions publiques — est au cœur de la polémique. Centeno est passé des rangs du Parti socialiste à la tête de la banque centrale ; qu’est-ce qui l’empêcherait de faire le chemin inverse ?
C’est précisément cette question qui semble aujourd’hui préoccuper le Premier ministre Luís Montenegro.
Le week-end dernier, M. Montenegro a d’abord laissé entendre qu’il remplacerait Mário Centeno avant la fin de la semaine. Puis, contre toute attente, il a modéré ses propos, reconnaissant que l’ancien ministre socialiste possédait « toutes les qualités » requises pour le poste.
En parallèle, le leader socialiste José Luís Carneiro s’est lui aussi exprimé, plaidant en faveur du maintien de Centeno à la tête de l’institution, au nom de son « prestige national et international » — une position qui serait, selon lui, dans l’intérêt supérieur du pays.
Rodrigues, directeur général de la rédaction du Correio da Manhã, avance une explication intrigante à ce revirement : au moment où les « héritiers de Costa » (l’aile ambitieuse du PS) prépareraient Mário Centeno à succéder à José Luís Carneiro — dont la nomination à la tête du parti n’a pas fait l’unanimité — un second mandat à la Banque du Portugal empêcherait toute tentative de retour en politique pendant au moins cinq ans.
« Si elle se confirme, la reconduction de Centeno relèverait avant tout d’un coup politique majeur », conclut Rodrigues.
Dans un jeu d’apparences savamment orchestré, cette décision pourrait aussi permettre au gouvernement de montrer une main tendue au Parti socialiste — même si en réalité il n’en est rien. José Luís Carneiro n’a d’ailleurs pas nié que le maintien de Centeno pourrait également servir ses propres intérêts politiques.
Reconduire Mário Centeno pourrait aussi renforcer l’image de générosité de Luís Montenegro, qui nommerait une figure issue d’un autre camp politique — malgré les critiques.
Ces critiques, Centeno les traîne depuis sa nomination, notamment en raison de l’absence de période de transition entre son passage au gouvernement et sa prise de fonction à la banque centrale. Dimanche, le commentateur politique Paulo Baldaia a estimé que si Centeno reste en poste, ce sera « un échec cuisant pour le gouvernement », preuve que toutes les alternatives envisagées ont refusé le poste.
Quoi qu’il arrive dans les prochains jours, l’affaire passionne : les couteaux semblent prêts à être tirés dans tous les camps, même si, pour l’instant, les discours restent mesurés.
Seul bémol à la théorie de Rodrigues : en 2023, lorsque António Costa a démissionné dans un contexte de soupçons de corruption, son plan consistait justement à faire nommer Centeno à sa place, évitant ainsi des élections anticipées. Le plan a échoué : des élections ont eu lieu — et les socialistes ont perdu. Il est donc peut-être un peu hâtif d’affirmer qu’un poste à la Banque du Portugal empêche tout retour en politique.
Source : LUSA / Correio da Manhã / The Portugal News
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