Le Portugal fait face à une situation préoccupante dans ses services de maternité, alors que les données de 2023 et 2024 révèlent un nombre élevé de décès fœtaux et néonatals, en particulier dans la région du Grand Lisbonne, où les services d’urgence obstétrique souffrent d’un manque chronique de spécialistes.
D’après les chiffres publiés ce mardi par l’Autorité de régulation de la santé (ERS), 847 décès fœtaux et néonatals ont été enregistrés sur le continent portugais au cours des deux dernières années, dont 399 uniquement dans la région du Grand Lisbonne — soit près de 47 % du total national.
« Ces données confirment que la région du Grand Lisbonne constitue un point noir en matière d’accouchements », alors même que les urgences obstétriques y sont régulièrement fermées, faute de personnel médical.
En moyenne, 0,52 % des grossesses enregistrées entre 2023 et 2024 se sont soldées par un décès fœtal (avant la naissance) ou néonatal (dans les 28 premiers jours de vie).
En 2023, 426 décès fœtaux et 28 décès néonatals ont été comptabilisés. En 2024, le chiffre global est légèrement descendu à 421 décès, mais la répartition géographique reste alarmante : la majorité de ces décès se concentrent toujours dans le Grand Lisbonne.
Cette étude vient confirmer les conclusions déjà émises l’an dernier par l’ERS, qui avait signalé un doublement des décès fœtaux et néonatals dans la région de Lisbonne en 2023.
Certains experts ont, à l’époque, tenté d’écarter un lien direct avec les fermetures fréquentes de maternités, invoquant la nécessité de replacer les chiffres « dans leur contexte ».
Parmi les hypothèses avancées : le fait que de nombreuses grossesses à risque sont orientées vers les hôpitaux de Lisbonne ou Porto, ou encore la forte proportion d’accouchements de femmes étrangères sans suivi médical documenté.
Malgré cela, les chiffres restent sans appel :
« Le taux de décès pour 1 000 naissances est de 0,70 % dans le Grand Lisbonne, contre 0,44 % dans le Nord, 0,42 % dans le Centre, 0,27 % dans l’Ouest et le val du Tage, 0,40 % dans la péninsule de Setúbal, 0,32 % en Alentejo, et **0,48 % en Algarve », résume l’étude de l’ERS.
Les causes les plus fréquemment citées par les unités obstétriques pour les décès fœtaux en 2024 sont : l’insuffisance placentaire, le décollement du placenta et les infections intra-utérines.
Pour les décès néonatals, il s’agit principalement de naissances prématurées extrêmes, d’hypoxémie (manque d’oxygène) et de malformations congénitales, selon le rapport.
L’étude s’est appuyée sur 56 unités d’obstétrique et de néonatologie recensées au Portugal continental en 2024, dont près de 70 % appartiennent au Service national de santé (SNS). Ces unités ont réalisé plus de 80 000 accouchements cette année-là, soit une légère baisse par rapport aux 81 000 de 2023.
Entre 2023 et 2024, le nombre total de naissances a reculé de 1,1 %, notamment dans la péninsule de Setúbal (-11,9 %), le Centre (-4,9 %), le Nord (-2,6 %) et l’Algarve (-1,9 %).
En 2024, 31 035 césariennes ont été pratiquées : 67,9 % dans le secteur public (SNS), et 32,1 % dans les secteurs privé et social.
Dans le SNS, les césariennes urgentes dominent (65,9 %), tandis que dans le privé, les césariennes programmées prédominent (57,3 %).
Concernant l’accès aux soins obstétriques, l’ERS indique qu’en 2024, 23,3 % des femmes en âge de procréer avaient un accès limité aux soins, principalement dans les régions du Nord (5,8 %), de l’Ouest/val du Tage (5,4 %) et du Centre (4,8 %).
Ce taux grimpe à 32,3 % si l’on considère uniquement l’offre du SNS, bien que plus de 80 % des naissances au Portugal aient lieu dans des unités publiques.
Fait notable : aucune mention n’est faite dans le rapport des accouchements survenus dans des ambulances, un phénomène en nette augmentation ces dernières années. Il est possible que ces naissances ne soient comptabilisées qu’une fois la mère admise à l’hôpital.
Source : LUSA
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