Des ONG dénoncent une stratégie de « démolition sociale » orchestrée par le gouvernement et les municipalités
Des scènes que l’on associerait difficilement au Portugal sont en train de se dérouler à Loures, dans la périphérie de Lisbonne, au sein du Bairro do Talude Militar.
Des unités de la police anti-émeute, lourdement équipées, procèdent à l’expulsion forcée de dizaines de familles, pendant que les bulldozers attendent de raser leurs habitations. Sur place, des hommes, des femmes, et des enfants visiblement terrifiés tentent de résister.
« Nous ne partirons pas. Il va falloir qu’ils nous tuent », a crié un résident, selon l’agence Lusa.
L’atmosphère est décrite comme “extrêmement tendue” par plusieurs médias présents sur place. Un avocat du mouvement Vida Justa, qui accompagne les résidents, a appelé à ne pas quitter les lieux, affirmant qu’aucune décision judiciaire n’autorise les démolitions engagées ce jour.
Le quartier visé, comme tant d’autres en périphérie de Lisbonne, est un bidonville né de la crise du logement. Faute de revenus suffisants pour accéder à la location ou à la propriété, de nombreuses familles construisent elles-mêmes des abris précaires sur des terrains vides, dans l’espoir de se loger dignement.
Gonçalo Filipe, porte-parole du mouvement Vida Justa, a dénoncé la violence de l’intervention, tout en rappelant que des procédures judiciaires sont en cours pour tenter d’empêcher ces expulsions.
Mais pendant qu’il s’exprimait, plus d’une douzaine de policiers de la brigade d’intervention rapide (PSP) forçaient les habitants à quitter les lieux pour laisser la voie libre aux bulldozers.
Certains résidents ont tenté de s’allonger au sol ou de s’asseoir pour bloquer l’accès aux machines. En vain. Selon SIC Notícias, plusieurs familles n’ont désormais d’autre choix que de dormir à la rue.
Le mouvement Vida Justa affirme que près de 80 habitations seront détruites dans les jours à venir, aussi bien dans le Bairro do Talude (Loures) que sur l’Estrada Militar, à Mina de Água (Almada), sans qu’aucune solution pérenne ne soit proposée aux familles concernées.
La mairie de Loures affirme que ses actions sont conformes à la loi et mènent ces opérations « dans le respect des décisions judiciaires, avec pour priorités la sécurité, la santé publique et la dignité humaine ».
Dans un communiqué, elle souligne avoir reconnu les efforts du mouvement Vida Justa, mais l’encourage à proposer des solutions concrètes au problème de la prolifération anarchique des constructions illégales.
La mairie d’Amadora, également concernée par des expulsions à venir, indique avoir identifié de nouvelles constructions illégales sur l’Estrada Militar da Mina (ex-Bairro de Santa Filomena), et annonce leur démolition prochaine, ces constructions entravant selon elle les efforts municipaux.
Elle assure par ailleurs que les familles ont reçu une aide d’urgence et qu’elles seront intégrées dans le programme municipal de relogement, qui reçoit environ 1 200 demandes par an pour 711 logements actuellement en cours d’attribution.
Le mouvement Vida Justa, qui milite pour la reconnaissance de la crise du logement au Portugal, dénonce une politique systématique d’expulsion des plus précaires, menée selon lui par le gouvernement de centre-droit (PSD/CDS-PP) et les mairies socialistes de Loures et Amadora.
Il accuse ces entités de blâmer les victimes, de détruire des maisons devant des enfants en larmes, et de rejeter la régulation du marché immobilier ou la construction de logements publics.
« Ces démolitions contreviennent à la loi sur l’urbanisme, à la loi fondamentale sur le logement, ainsi qu’aux engagements du Portugal en matière de droits humains », déclare le collectif. « Nous assistons à une tentative délibérée de provoquer l’effondrement social », conclut Vida Justa.
Sources : Lusa/ SIC Notícias
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