Pierres précieuses

Symbole incontournable de la culture Portugaise, la calçada serait-elle en voie de disparition?

Partout au Portugal, mais surtout à Lisbonne, nous trouvons des trottoirs carrelés de petites pierres carrées, soigneusement placées au sol pour créer une des caractéristiques les plus connues du paysage urbain portugais, la calçada. Certes, ces petites pierres sont bien jolies et donnent de l’âme à la capitale, mais elles sont également dangereuses et le pire ennemi des talons aiguilles! Avec autant de chaussures prises au piège entre les pierres, il est assez surprenant qu’il n’y ait pas plus de cordonniers en ville. En plus de piège-à-tallons, lors des journées de pluie, ces charmants trottoirs se transforment en véritables glissoires. Naviguer la calçada est devenu un sport national! Plus de 500 ans après sa première apparition, cet art séculaire est bel et bien en risque de disparaître. Selon la légende, la première calçada fut placée à Lisbonne sous les ordres du Roi D. Manuel I qui ayant reçu un rhinocéros d’Inde, voulait le montrer au peuple lors d’une grande parade. Afin que celui-ci n’éclabousse pas le public il ordonna que l’on place des cubes de granite, provenant de la région de Porto, le long du parcours. Malheureusement cette pierre était trop coûteuse et ne fut plus employée. Ceci, jusqu’au 18ème siècle, lorsqu’un autre type de pierre, plus économique, la remplaça.

La calçada fit sa réapparition à Lisbonne, lors de la reconstruction de la ville suite au tremblement de terre de 1755. Inspirée par des mosaïques romaines, c’était une manière ingénieuse de réutiliser les décombres du tremblement de terre. Lisbonne fut donc recouverte de petits cubes de calcaire et de basalte, créant des motifs en noir et blanc. La plupart des dessins que l’on retrouve sont liés à l’héritage maritime de Lisbonne, illustrant des vagues (comme celles que l’on voit sur la Place du Rossio), des navires et des créatures marines. Plus tard, apparurent également des noms de boutiques et des logos sur les trottoirs. Cette mode s’est répandue dans toute la ville, dans tout le Portugal, dans ses colonies (elle se trouve sur les promenades en front de mer de Rio de Janeiro et des grandes places publiques à Macao) et partout dans le monde (le mémorial de John Lennon dans Central Park de New York en est un exemple). Mais depuis de nombreuses années il manque d’artisans spécialisés pour construire et reconstruire ces trottoirs selon la tradition: pierres taillées à la bonne mesure (5cm), placées avec un maximum de deux millimètres de séparation et “cimentées” avec du sable lavé par la rivière. En 1986, la municipalité de Lisbonne a créé une école de “calceteiros”, mais n’am alheureusement formé que 140 travailleurs depuis son ouverture. En plus d’être dangereux pour les moins agiles, ainsi que pour les tallons des dames, ce type de chaussée est également très peu économique car il nécessite régulièrement des travaux d’entretien et de réparation. Seule la ville de Ponta Delgada aux Açores dépense annuellement environ 300 mille euros pour ses trottoirs. Vu sa baisse de popularité à cause de ses caractéristiques dangereuses mais aussi onéreuses, la calçada commence à être substituée par des options plus simples et sûres. Par exemple, une rénovation massive de la Praça do Comércio a été faite en 2010, remplaçant toute la calçada. D’une part, la population Lisboète veut maintenir ce patrimoine unique. D’autre part, certains veulent rendre les trottoirs portugais plus sûrs. De nombreuses personnes âgées n’osent pas sortir dans la rue même avec leurs béquilles ou leur canne. Le trottoir exclut les personnes agées et handicapées et, selon un sondage récent, un grand nombre de ces personnes préfèrent marcher dans la rue que sur le trottoir, une situation de risque très élevé. Alors, la calçada fera-t-elle bientôt partie de l’histoire de sa ville natale? Heureusement il y a encore de nombreux exemples magnifiques à admirer tout autour de la ville. En plus du design historique de la Place du Rossio, vous en trouverez encore sur l’Avenida da Liberdade, au Chiado, à Alfama, à Belem et au Parque das Nações, ce dernier avec des compositions modernes près de l’Oceanarium.

Text: Alexandra Stilwell
Photos: Turismo de Portugal

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