L’Âme Portugaise

Carla Linhares

Pour certains il s’agit de la chanson la plus triste, pour d’autres l’essence du peuple Portugais. Chargé d’émotion, le fado émeut tous les coeurs.

Écouter du fado dans un restaurant typique au coeur de Lisbonne est une expérience vraiment unique. Laissez vous emporter par l’émotion du Fado et pénétrez l’âme du peuple portugais. Lorsque le ou la “fadista” s’apprête à chanter il est de coutume que les lumières baissent et que le silence soit demandé: “silêncio, que se canta o fado” – silence, on chante le fado. Accompagné de guitaristes, le fadista prend sa place et chante de toute son âme des paroles qui viennent du fond du coeur. Même si vous ne comprenez pas la langue, vous comprendrez les émotions transmises par ce chant nostalgique, triste mais aussi parfois très gai, suivant le thème de la chanson.

Dans son essence, le fado parle d’émotions, de chagrins d’amour, de la profonde nostalgie, de la “saudade” de celui qui est parti, de la vie quotidienne et des conquêtes. Les rencontres heureuses et malheureuses de la vie sont un thème d’inspiration infini.

Le mot Fado provient du latin Fatum et signifie “Destin”. Le destin d’un peuple sensible et nostalgique de son passé, épris de valeurs morales. Ce genre musical serait apparu à Lisbonne dans les années 1820-1840 sur les quais de Lisbonne, mais son origine pure reste incertaine. Le fado se chantait lors de moments de convivialité et de loisirs, se manifestant spontanément dans les jardins, les rues et ruelles, les tavernes et cafés, dans les quartiers d’Alfama, Bairro Alto, Mouraria et Madragoa. D’abord chanté dans ces quartiers populaires, il séduit par la suite la bourgeoisie avant de se professionnaliser.

Le “fadista” – chanteur de fado, reconnu comme artiste n’apparait qu’au XXème siècle, avec la dictature, qui força les chanteurs à avoir un portfolio professionnel et de présenter un répertoire approuvé par la censure. Des thèmes tels que la nostalgie, la jalousie et les histoires de la vie quotidienne étaient épargnés, mais les chansons qui osaient aborder des questions sociales ou politiques étaient interdites.

La diffusion internationale du fado débute dans les années 1930, vers le continent africain et le Brésil. Ce sera, cependant, lors des années 50 que l’internationalisation du fado se consolide principalement grâce à Amalia Rodrigues, qui parvint à surmonter les barrières de la langue et de la culture, la transformant en une icône de la culture nationale. C’est la chanteuse de fado la plus charismatique, qui a exporté le Fado dans les grandes salles européennes. Dotée d’une grande présence sur scène et d’un goût naturel pour le spectacle, c’est à elle que l’on doit l’image classique de la robe noire avec le châle.

“Le fado ne s’explique pas, on le ressent” dit Carla Linhares, une jeune “fadista” qui chante presque chaque soir à la Tasca do Chico, à Alfama. Cette artiste discrète à la voix surprenante, essaie de nous expliquer, entre deux représentations, que l’on n’apprend pas à chanter le fado, “c’est quelque chose que nous avons en nous, les émotions, l’âme portugaise”. Elle cite la grande Amália Rodrigues, qui l’a fort influencée depuis le début de sa carrière: “le plus important est de sentir le fado. Parce que le fado ne se chante pas, il se vit. Le fado se sent, on ne peut pas le comprendre, ni l’expliquer.”

Certains distinguent le fado professionnel de l’amateur. Le premier est chanté par celui qui fait de sa voix son mode de vie. Le second, connu aussi comme “fado vadio” (fado vagabond), a d’autres caractéristiques, bien que le caractère nostalgique reste le même. Réapparaissant actuellement dans les quartiers populaires de Lisbonne, le chanteur de fado vadio n’est jamais invité, il s’invite tout seul et n’a pas de répertoire précis.

À Coimbra, le fado a des caractéristiques particulières et est chanté par les étudiants, chanteurs intellectuels vêtus de capes noires qui s’adressaient aux “donzelles” (les étudiantes) pour les séduire. Il se pratique encore aujourd’hui dans les universités, notamment en groupe appelé “tuna”. Tandis que le fado de Lisbonne est celui qui raconte généralement les histoires quotidiennes de la vie, il est plus joyeux et éloquent que celui de Coimbra.

Le fado moderne s’est fait connaître au-delà des frontières portugaises et européennes grâce à la fameuse Amalia Rodrigues, et bien sur Carlos do Carmo, qui récemment fut le premier Portugais à gagner un Grammy. Mais actuellement, une nouvelle génération de “fadistas” se développe et popularise ce chant, comme notamment Camané, António Zambuio, Ana Moura, Carminho, Cuca Roseta, Cristina Branco ou encore Mafalda Arnauth. Cependant, c’est Mariza qui, sans aucun doute, assume le rôle principal.

Pour découvrir toute l’histoire de ce chant unique visitez le musée du fado, situé à Alfama. Une rare collection d’objets, photos, films et instruments, fruit de centaines de donations, raconte l’histoire du fado depuis le premier quart du XIXème siècle jusqu’à nos jours.

Où écouter du fado à Lisbonne?

La plupart des “Casas de Fado” (Maisons de Fado) se trouvent dans d’anciens bâtiments dans des ruelles au coeur de Lisbonne, dans les cartiers d’Alfama, Bairro Alto et Madragoa. L’une des plus connues et réputées est le Clube de Fado. Les prix des repas sont assez élevés, car ils comprennent le prix du spectacle et font partie du circuit touristique. Si vous ne souhaitez pas faire un repas complet il y a des “tascas”, de petites tavernes rustiques qui offrent des repas plus légers. La plus connue est la Tasca do Chico, une petite taverne où tous les soirs des chanteurs professionnels et amateurs se retrouvent pour chanter de tout coeur.

Tasca do Chico
Bairro Alto – du lundi au mercredi
Rua do Diário de Notícias, 39 – 21 3431040
Alfama – du jeudi au dimanche
Rua dos Remédios, 83 – 965059670

Clube de Fado
Rua S. João Praça, 86 – 94
218 852 704
www.clube-de-fado.com

O Faia
Rua da Barroca 54-56
21 342 67 42
www.ofaia.com

Guarda-Mor – tout les mercredis
Rua do Guarda-Mor, 8
213 978 663
www.guarda-mor.com

Musée du Fado
Largo do Chafariz de Dentro, N.º 1
www.museudofado.pt

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