La demoiselle de Madère

VLP#33 - Ilha

Diana Silva, une jeune viticultrice, est en train de révolutionner l’offre de vins sur l’archipel. Sa trilogie Ilha (un blanc, un rouge et un rosé), uniquement à base de Tinta Negra, propose des vins élégants et inoubliables.

Texte Alexandra Stilwell

Suivre ses rêves n’est jamais évident. On nous dit souvent que c’est trop risqué ou même impossible. Mais Diana Silva a cru en son projet et son potentiel. La jeune œnologue, qui a travaillé la plupart de sa vie dans le secteur de la viticulture, a participé à des projets du nord au sud du Portugal, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que ce qu’elle voulait vraiment faire, c’était de créer son propre vignoble sur l’île de Madère, sa terre natale, connue pour ses vins fortifiés. 

Une démarche d’autant plus salutaire que la jeune femme a décidé d’utiliser un cépage « maudit » jusqu’à présent méprisé par tous : la Tinta Negra. Celle-ci, qu’on peut trouver en Algarve sous le nom de Negra Mole, est assez semblable au Pinot Noir et donne aux vins une couleur rose ou auburn.

Bien qu’elle soit généralement utilisée pour une production de qualité faible ou moyenne, elle est toutefois généreuse en termes de quantité et continue de figurer aux côtés de cépages nobles : Verdelho, Sercial, Malvasia et Terrantez. 

Diana Silva aurait pu essayer d’innover avec ceux-ci, mais, pour elle, il était évident que la Tinta Negra donnerait lieu à des vins tranquilles de qualité et dignes du sceau « DOP » (Dénomination d’origine protégée) de Madère. D’ailleurs, la jeune viticultrice a réalisé plusieurs exploits sans précédent, notamment en créant une trilogie à partir d’un seul cépage : d’abord « le premier blanc de noirs » de Madère , avec une bonne acidité, beaucoup de fraîcheur et de persistance ; ensuite un rouge élégant, d’une couleur violette, aux arômes de pétales de rose et de fruits rouges, avec juste 12 % d’alcool ; et enfin un rosé totalement différent, « de la couleur naturelle de la variété Tinta Negra ». 

Tous sont des vins très salés et gastronomiques, qui ne sont pas supposés être consensuels, mais qui sont véritablement uniques. Ce n’est pas pour rien qu’on les trouve dans certains des meilleurs restaurants de Lisbonne, tels que le 100 Maneiras et le Belcanto de José Avillez. 

Si elle devait définir sa trilogie, Diana Silva dirait que « ce sont des vins de passion, de niche, qui ne suivent pas les tendances du marché ». « C’est le projet de ma vie », résume-t-elle. Un investissement personnel qu’elle prend à cœur. « Amour de la terre et croyance au terroir », la devise inscrite sur le bouchon, est un petit clin d’oeil à son histoire et à son dévouement.

Afin de réaliser son rêve, elle a créé des partenariats avec des vignerons locaux, notamment à São Vicente, dans le nord de l’ile de Madère, zone connue pour ses vignes. Elle produit environ 3 500 bouteilles de rouge et de blanc, et 3 900 de rosé – une petite production qui donne des vins élégants, à faible teneur en alcool (11,5 % à 12 %), uniques en leur genre. 

En plus des restaurants gastronomiques, on les trouve dans certaines caves à vin, telles que la Garrafeira Nacional et la Garrafeira Imperial et dans le Club Gourmet de l’El Corte Inglés, à 20 € la bouteille. Ce n’est pas donné, certes, mais c’est une délicieuse façon de découvrir la personnalité du terroir de l’île de Madère et de conforter l’idée qu’il ne faut jamais hésiter à suivre ses rêves !

20 € la bouteille (0,75 cl)

www.dianasilvawines.com

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