Au Café Janis, on ne badine pas avec le service

VLP#31 - Café Janis

Ouvert par un jeune couple bruxellois, cet établissement aux accents parisiens est ouvert de 8 h à 1 h, bientôt sept jours sur sept. « Les gens peuvent venir chez nous à toute heure, il y a aura toujours à boire et à manger », confie Margaux. Le but étant, petit à petit, de polariser la vie d’un quartier idéalement situé dans Lisbonne.

Texte Vincent Barros / Photos Lisboa.come

Les bandes blanches et vertes de ses auvents en toile suggèrent le littoral, comme celles des cabines de plage ou des maisons typiques d’Aveiro. Les chaises en rotin et les tables rondes de sa terrasse rappellent évidemment celles des bistrots parisiens. C’est pourtant en plein cœur de la capitale portugaise que le Café Janis a ouvert définitivement il y a trois mois. Plus précisément en bordure du jardin Dom Luis, en face du fameux Mercado da Ribera (Time Out Market), dans le quartier de Cais do Sodré. 

A l’intérieur, la grande table et les chaises en bois qui trônent au centre, les plantes jusqu’aux matériaux nous transplantent dans une ambiance à la fois confinée et ouverte sur la rue, apaisante en cette fin d’après-midi. On y retrouve Margaux Marcy, 28 ans, et Pierre d’Andrimont, 30 ans, les propriétaires. Ce couple originaire de Bruxelles a débarqué il y a un an et demi au Portugal. « On cherchait à s’installer dans une ville ensoleillée, pas loin de la mer, car Pierre surfe, raconte Margaux. On en a visité plusieurs et on a terminé par Lisbonne en août. Tout est allé très vite puisqu’en janvier, on emménageait ici. »

Les jeunes Belges toquent d’abord à la porte de Second Home – l’espace de coworking qui jouxte le Mercado da Ribeira – où ils s’installent afin de mûrir leur projet. Lequel devait, initialement, être un bar de nuit. Ce sera finalement un café, à deux rues. « C’est la synthèse de tout ce qu’on a fait et vu avant », présente Margaux, qui a étudié et travaillé la dernière décennie à Paris dans la restauration et la mode. Tandis que Pierre, entrepreneur et touche-à-tout, gérait (et gère toujours) plusieurs projets à Bruxelles, dans l’immobilier et le prêt-à-porter notamment.

Mais d’abord : pourquoi ce nom, Janis ? « C’est une histoire familiale, sourit Margaux. C’est un peu une blague. C’est un prénom auquel mes parents avaient pensé pour moi. Ça nous fait rire parce que ça n’a rien à voir avec Margaux. Du coup, voilà, on a choisi ce nom de café, qui n’existe par ailleurs nulle part, on a vérifié. » Celui-ci, brodé en blanc sur les auvents couleur vert émeraude, se détache désormais sur une façade jaune et donne sur l’un des carrefours les plus courus de la ville.

« Janis, c’est un peu le café où on avait envie d’être et qu’on ne trouvait pas à Lisbonne, pointe Margaux. Ici, on peut se retrouver entre potes, boire des coups et dîner. Quelques personnes l’ont compris, le font, mais c’est vrai que les Portugais n’ont pas vraiment cette approche. Ils ont plutôt l’habitude d’aller faire l’apéro dans un lieu, puis aller dîner dans un autre. »

Au croisement des rues Moeda et Dom Luís I, on peut donc, par exemple, prendre son expresso avant d’aller bosser le matin, se poser à 16 h pour un thé ou prendre une bière à 22. Sans oublier, bien sûr, le service de restauration, matin, midi et soir. « C’est pour ça que notre carte est équilibrée, enchaîne Margaux. Nos stocks, qui sont vraiment limités, ne nous permettent pas d’avoir une carte de bistrot, donc on s’est dit qu’on voulait de bons produits, faciles, qu’on peut proposer le matin et retravailler le soir différemment. »

Ainsi, que mange-t-on au Café Janis ? « Notre cuisine est moderne, celle qu’on peut retrouver quand on voyage dans des villes comme Paris, Londres, Sydney ou Buenos Aires », avance Margaux. Le matin, le client peut, par exemple, apprécier un croissant au jambon de Parme avec de la sauce pesto et des graines grillées (5 €), puis le midi, tester le « green tartare » (9 €). « C’est un plat végétarien qu’on a inventé : il est à base d’avocat, mais avec tous les ingrédients qu’on retrouve dans le tartare de viande : oignons, câpres, échalotes, cornichons et une sauce à base de moutarde de Dijon », détaille la propriétaire. 

Pour le midi ou le soir, citons également pêle-mêle les granolas ou les toasts à l’avocat, mais aussi le « Full Hearty Breakfast » (12 €) : halloumi grillé avec du jambon de Parme, œufs brouillés crémeux, tomates cerises, champignons. Le soir, citons encore le « Pulled Pork », un porc effiloché qui a mijoté pendant des heures, présenté dans un burger avec des choux rouge et blanc et, bien sûr, des frites maison. « C’est le petit clin d’oeil à la Belgique, on y tient », appuie Margaux. Un brunch est également disponible (18 €). Quant aux vins, ils sont principalement portugais.

L’univers du café, quant à lui, a été pensé par Margaux, qui tient cette fibre de sa famille, elle-même très branchée déco. Les affiches proviennent d’ailleurs de sa maison familiale. « Tout ce qui est marbre, on l’a découpé et acheté ici, précise-t-elle. Le reste, on l’a chiné dans des brocantes à Paris. » 

Outre les exigences liées à la fraîcheur des aliments ou à l’esthétique des murs, s’il y en a une sur laquelle les jeunes patrons ne transigent pas, c’est la qualité du service. Celui-ci est assuré du mercredi au dimanche par une équipe de 10 personnes (originaires d’un peu partout), qui alternent du matin au soir. « On ne veut pas faire attendre un plat ou l’addition au client », assure Pierre. « Pour le moment, le staff nous le rend super bien. C’est pourtant très intensif, on est à flux tendu », convient le patron. « En octobre, on va ouvrir sept sur sept. Il va falloir qu’on recrute quatre personnes pour maintenir cette qualité de service, qui est l’une de nos priorités », enchaîne-t-il.

Après une ouverture avortée, car prématurée, il y a quelques mois – « on a refait toute l’électricité, les coupures étaient incessantes », explique Margaux –, le Café Janis semble avoir trouvé son rythme et sa place dans le quartier. « Cette fois, on est bien lancé et on est très content, ajoute-t-elle. On s’améliore chaque week-end. Pour l’instant, on est plus fort le midi que le soir, mais on y travaille. » « On essaye de créer tout un univers autour de l’endroit, renchérit Pierre. On est en train de développer des goodies, par exemple. »

Installé à Graça, le couple bruxellois s’est manifestement fait à la vie lisboète. Quelques particularités locales ont notamment retenu leur attention. « Ça a été très difficile d’obtenir nos locaux, raconte Margaux. C’est le fruit d’un an de recherches intensives. On a réussi grâce aux contacts qu’on s’est fait. De manière générale, à Lisbonne, on a constaté qu’au niveau des permis de construire, les démarches sont compliquées, mais tant mieux : la municipalité filtre beaucoup et c’est pour ça que la ville est bien préservée et rénovée. » Pierre ajoute : « A titre de comparaison, je trouve que les villes espagnoles ont été endommagées. J’ai l’impression que Lisbonne tire les leçons de leurs erreurs. » Une vertu que ne renieraient pas les jeunes Belges qui, après les tribulations du début, ont désormais trouvé leurs marques.

Café Janis

Rua Moeda 1A, Lisbonne

Ouvert du mercredi au dimanche, de 8 h à 1 h

Tél. : +351 214 061 483

Email : hello@janislisboa.com

http://janislisboa.com

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